Tout porte à croire que je suis bien arrivé.
Tout porte à croire mais je n’y crois pas. (J’ai un doute quant à l’endroit. C’est de naissance ce très peu de foi en un endroit possible.) D’autant que j’ai la réputation d’être intransportable. A preuve ce camion, réquisitionné tout exprès en vue de mon évacuation, largement surdimensionné l’engin tout de même malgré l’importance de ma personne. Ce n’est pas à un vieux briscard comme moi qu’on peut faire gober n’importe quoi. Certes le décor a changé, considérablement, mais ça ne veut rien dire, il peut s’agir d’une ruse. Les arbres, les fleurs, le ciel bleu, le chant des oiseaux, parfaitement imité il est vrai, tout y est mais pas suffisamment pour je tombe dans le panneau.
(Et chaque fois cette même comédie, ce rite immuable qui plaît diversement à mes hôtes : dès mon arrivée, la nécessité de tracer à la craie sur le sol un certain rectangle (2m/3m) que je déclare solennellement être mon endroit. Je ne suis pas toujours pris au sérieux et les violations sont monnaie courante.)
L’accueil fut très chaleureux. Le contraire m’eut étonné et contrarié. A mon arrivée, trompettée de partout, de jeunes filles vêtues de peu jetaient des pétales de roses sur mon passage. Je fus couvert d’humbles présents, l’on avait tué la vache maigre, percé les barriques, et le festin dura jusqu’à ce que je me retire pour la nuit avec les quelques vierges qui m’avaient été offertes. (A ce jour, elles le sont toujours,vierges, j’ai perdu la main si je puis dire en cours de route, ça c’est ennuyeux.)
Les quelques indigènes que j’ai pu apercevoir ici ou là en visitant mes terres m’ont paru à peu près aimables mais pas suffisamment à mon goût. Certains ne se sont pas même découverts sur mon passage. Je compte les rassembler sur la place du village pour leur faire la leçon. Sans doute ont-ils été laissés trop longtemps à l’abandon, sans Maître digne de ce nom (et de cette charge), oublieux de la crainte que nous devons leur inspirer, Moi-même et Dieu. Comment leur en vouloir donc.
Mais bien plus que leurs manières rugueuses, c’est l’oubli dans lequel ils sont des us & coutumes de leurs ancêtres. Verser l’impôt à leur seigneur par exemple.
P.S. : Tout porte à croire que ce billet est foireux, entre l'oxygène et le ciel bleu on ne sait plus. L'on est quelque peu... L'on en perd son latin et le peu de français que l'on pensait acquis, comme quoi.