Roland Hélié
Un matin, je fis la connaissance d’une étudiante, F... Très vite, je me mis à l’aimer. Il me semble que je n’y pouvais rien. Elle ne m’aimait pas. Un jour, elle demanda à venir travailler chez moi tout un week-end. J’acceptai. Le samedi soir, nous dormions dans le même lit, le mien. Je la désirais, elle se laissa faire. Tout d’un coup, elle me mord l’épaule, éclate en sanglots et me repousse violemment.
Elle regrette mais ne m’aime pas, c’est une erreur.
Si j’avais été Apollinaire, j’aurais fait entrer Alexine Mangetout qui l’aurait ligotée. J’enculerais F... pendant que Mony de Vibescu la giflerait avec son vit pour finir par l’arroser de son beau foutre moldave.
Si j’avais été Bataille, j’aurais longuement uriné sur ses seins en soufflant fort.
Si j’avais été Bukowski, je n’aurais pas débandé. Je lui aurais flanqué des baffes, l’aurais baisée trois fois et me serais tiré en emportant la dernière bouteille de Bourbon.
Si j’avais été Faulkner, j’aurais convié un demeuré à l’enfoncer avec un épi de maïs.
Si j’avais été Lascault, j’aurais invité mes amis les Anges Bleus : Bill l’Aboyeur et Pierrot le Briseur de jambes, Joë, Joseph et Paul le Grand Etreigneur, puis François le Jargonneur et Mike l’Avaleur d’ombres qui, à ma demande, l’auraient violée, chacun leur tour et toute la nuit, sur l’air d’Un homme et une femme.
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Si j’avais été Steinbeck, je lui aurais, en l’embrassant, brisé les vertèbres cervicales.
Si j’avais été Aragon, Céline, Joyce ou Mishima, j’aurais sûrement fait quelque chose.
Seulement voilà. Je n’étais aucun de ceux-là. F... pleurait. Je l’ai laissée se rhabiller et composer le 67 58 10 10 pour appeler un taxi. Je ne sais plus en quelle saison nous étions, j’avais un peu froid.
Roland Hélié. Place de Chine. Editions rue fromentin. 2011
Extraire d’un livre aussi dense, aussi fin, égal du début à la fin, un extrait plutôt qu’un autre relève de l’exploit pour l'éternnel indécis que je suis. D’autant que celui-ci, joyeusement érotique, peut laisser imaginer ce qui n’est pas. Place de Chine est un livre d'une rare élégance, dans lequel l'humour dissimule à peine la belle et profonde humanité de son auteur.