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iris mécanique 2

07h34



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         On me voit, vous me voyez.

        Quant à moi je ne me vois pas. Et pour cause je dors encore ou plutôt je fais semblant. Mais vous, vous me voyez, c’est ce que j’ai cru comprendre. Les proportions sans doute n’y sont pas, ni l’harmonie, je dois paraître plus important que mon lit, mon corps disparate coincé entre les deux montants, tête et pieds bien calés contre, on dirait qu’il a été bâti à mes exactes mesures - faudrait d’ailleurs pas que je grandisse sous peine de m’y retrouver prisonnier comme d’un étau -, quelques pans de ma chair débordant ici ou là, cramponné ou enlacé à mon traversin. Enlacé plutôt. D’où je suis, de mon sommeil en trompe-l’œil, je ne saurais dire s’il n’y a pas comme un début de lascivité au matin avec mon oreiller. Il est possible que j’aie réussi à l’apprivoiser durant la nuit, m’en sois fait une épaule voire un ami. Car, malédiction ou quoi, je dois presque toujours tout dompter ou apprivoiser autour de moi, y compris ma propre personne. J’ai dit oreiller, c’était une erreur, il s’agit bien d’un traversin.

         Rectification. A la réflexion, vous ne me voyez pas. Tout enfoui que je suis, c’est à peine si vous distinguez une masse, humaine probablement. Par ailleurs, qui milite en faveur de la masse humaine, il est rare que des animaux, de ma taille tout au moins, viennent passer la nuit dans mon lit. Ou alors ce serait bien inconvenant. En revanche, émergeant à peine de là-dessous - drap, couverture, couvre-lit, robe de chambre, chandails, serviettes éponge, serpillières, vieux pansements - vous apercevez peut-être une mèche issue en droite ligne des quelques cheveux qui me restent. Mèche grasse et bien huilée qui, correctement orientée de l’oreille gauche vers l’oreille droite, me sert également de chevelure dans la journée durant laquelle j’ai l’air moins chauve qu’en nocturne, c’est du moins ce que je me plais à croire. Sous la mèche, un front soucieux. Soucieux, peut-être pas. Peut-être qu’au matin mon front paraît moins soucieux. Peut-être ai-je réussi à l’apprivoiser lui aussi durant la nuit. Je ne sais pas. Ce serait étonnant, n’ayant jamais trouvé le repos, pas même la nuit. Surtout pas la nuit qui me fait toujours comme un caillou dans les yeux.

         Peut-être mes étoiles filantes, car je suis constellé. Un jour que j’étais d’humeur badine j’avais entrepris d’en coller quelques-unes à mon plafond, des fluorescentes, visibles seulement la nuit, comme les vraies. J’aimais être ainsi constellé, ce rêve peut-être de coucher aux belles étoiles. Mais j’ignore pourquoi, peut-être parce que filantes justement, elles ne se sont jamais plu dans mon ciel qui est maintenant vide. Elles se sont décrochées les unes après les autres pour aller s’éparpiller un peu partout dans la pièce. Un temps, ce fut même assez plaisant : de quoi me prendre pour le centre de l’univers.

         J’oubliais: si vous regardez bien, la couverture devrait être agitée d’un imperceptible mouvement de va-et-vient, de haut en bas ou de bas en haut, tout dépend de la manière dont on respire: certains commencent par expirer, d’autres par inspirer. Je fais partie de la première catégorie : lorsque je me décide enfin à respirer, je commence par me crever la panse, et le reste, malgré quelques mémorables ratés, suit presque automatiquement. Bref, d’une manière ou d’une autre la masse respire. J’espère que j’expire, que je respire veux-je dire. Oui, je respire. C’est principalement l’exhalation qui me le confirme, à ce parfum de paille humide qui me remonte aussitôt aux narines.

 

 

 

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L
<br /> J'aime vous lire...<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Rien ne peut me faire plus plaisir puisque ce blog était destiné à montrer quelques textes refusés ou plus souvent jamais lus...<br /> <br /> Merci, Louise!<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Tchinnn"<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Santé! A quoi on trinque? Aux cordes à linge?<br /> <br /> <br />
L
<br /> Vous habitez dans des cubes ???<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Ah non!<br /> (C'est mon miroir et les acides. Euh... non, les champignons...)<br /> <br /> Tu bois l'apéro avec moi? tu travailles?<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> Cà sent l'étable là! (la paille humide)<br /> Voire le rance (la mèche grasse et huilée)<br /> <br /> (beau texte, on y sent les odeurs comme dans certains romans de Simenon)) <br /> <br /> <br />
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D
<br /> Pourtant j'ai mis du sent-bon! :)<br /> <br /> Merci Ambre. (C'est vrai, il ne manque plus que les mouches mais ça va venir!)<br /> <br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> Moi aussi, j'espère que Shakespeare respire.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Ah quel poète! et quelle culture! :)<br /> <br /> <br />