Son petit chez lui devenu vétuste, il doit se résoudre à entreprendre des travaux. La seule idée de voir des ouvriers profaner son sanctuaire (il pense « ouvrier » au lieu d’artisan, toute une époque, la sienne), le plonge dans des abymes. Pourtant force lui est de reconnaître que rien ne va plus : un jour c’est une prise électrique qui ne fonctionne plus, un court-jus qui l’oblige à s’éclairer à la bougie (spectacle lugubre qui lui fait froid dans le dos, manque plus que son catafalque et la messe sera dite), un robinet qui fuit, qui la chasse d’eau qui ne chasse plus, le chauffe-eau qui ne chauffe plus, assez de rafistolages, il faut sévir. Le voilà au pied du mur, le nez collé au réel. Car le réel en ce qui le concerne c’est avant tout cela : la plomberie et l’électricité - et dans une moindre mesure, l’électroménager.
La première entreprise « tous corps d’état » (de nuire, ajoute-t-il malicieusement pas devers lui) lui dresse un bilan désastreux : c’est à peine s’il ne faudrait pas raser l’immeuble. Les suivantes pas mieux. Une enfin semble plus raisonnable mais pas sur les prix. Qu’importe. Emporté, soulevé, par un enthousiasme soudain – quelques verres de porto ? - il se voit dans son petit chez lui tout neuf prêt pour une autre vie de malheur, toute confortable celle-ci, et il signe.
(Il ne serait pas convenable de rapporter ici les trois mois qui suivirent. Son appartement en chantier, c’était bistro toute la journée, dépressions, hôtels sinistres, villégiature chez sa sœur, l’enfer sur terre.)
Trois mois plus tard, lorsqu’il peut enfin regagner ses pénates sans se heurter à un ouvrier, il s’émerveille : tout fonctionne.
Sauf que.
Sauf qu’il ne comprend plus rien à rien, les interrupteurs ne sont plus à la bonne place, ils allument tout sauf la pièce visée, les ampoules jettent une lumière trop crue, son frichti crame à tous les coups, la robinetterie « design » est si perfectionnée qu’il s’ébouillante régulièrement, bref il passe des heures à éteindre ou allumer, et des journées entières à déchiffrer des modes d’emploi qui sont de l’hébreu ou du chinois.
Compter dix ans au moins pour dominer cette technologie qui le dépasse. Saleté de vie.