
Ce matin, après avoir lu l’excellent billet de Didier da Silva, je me suis fait la réflexion suivante : après tout, puisque le travail de copiste a disparu, que celui de plagiaire n’est pas sans risques, pourquoi ne pas revenir à ce travail d’écrivain, tombé aujourd’hui en désuétude, qu’est le “à la manière de”. Nombre de normaliens, exilés dans quelques lointains lycées, s’y sont collés, et certains en ont fait des recueils qui réjouissaient les familles lettrées.
Poussant enfin cette formidable réflexion jusques aux sommets, j’ai pensé qu’à tout prendre mieux valait écrire un sous-Beckett, un sous-Pinget, un sous-qui-vous-voulez qu’un vrai Untel (Monsieur Untel, c’est moi. (Bien entendu, il n'en est rien: je veux écrire comme moi, MOI, persuadé détenir sous ma plume le cinquième évangile!))
Les affres du jeune Annocque me sont alors revenues en mémoire - au sujet de Beckett. Que Philippe Annocque l’Ancien me pardonne.
Et voilà qu’ouvrant mon livre de chevet, je tombe sur ces lignes:
"Il ne s'était jamais comparé à Webern (et les autres comme il disait), heureusement il avait été protégé de cette manie de la comparaison qui s'empare un jour de tout créateur, et lui-même en tant que créateur (compositeur) avait heureusement échappé à cette manie. La moindre comparaison, dans ce domaine, aurait signifié mon anéantissement, disait-il, anéantissement de mon désir de composer et anéantissement de ma propre personne confrontée à son insignifiance. Un anéantissement pur et simple, qui abat impitoyablement tous ceux qui éprouvent dans leur être ce besoin de se comparer et qui meurent de ce besoin, suffoqué par leur insondable nullité."
(Sébastien Brebel. Le Fauteuil de Bacon. P.O.L)
Note : Dans un précédent billet, j'avais donné un extrait de Villa Bunker du même Sébastien Brebel. Depuis j'ai vu que, au sujet de son Place Forte, cet auteur s'est trouvé à deux doigts d'être conduit au bûcher pour son goût de la répétition et des parenthèses. Je précise pour ceux qui craqueraient déjà l'allumette que dans Villa Bunker, un livre majeur en ce qui me concerne, l'auteur a abandonné ces pratiques "honteuses".Ouf!