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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 16:41

Le mont Pou

 

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1 : Le mont Pou (sommet). 2 : Face sud. 3 : Camp de base n°3. 4 : un volcan qui n'a rien à faire là.

 
        L’ascension du Mont Pou ne peut parait-il se faire que par sa face cachée. (Qui est aussi sa face nord). Aucune autre voie ne semble possible, même pour des alpinistes chevronnés. Surtout pas celle de la face visible, côté sud. Ceux qui s’y sont essayés, et s’y essaient encore, décrochent à un moment ou à un autre, toujours bien avant le sommet, achevant aujourd’hui encore de sécher au soleil pendus comme des pantins au bout de leur corde ou, encore, plus bas, proprement enfilés dans l’ordre d’arrivée sur ces maigres sapins à la pointe effilée comme des aiguilles. Toutes ces acrobaties et plaisants incidents, ces interminables agonies sur fond de brillances glacées, sur cette face visible (côté sud) en font un spectacle fort apprécié des touristes de l’auberge du Mont Pou.

       En homme avisé, le patron de l’établissement a d’ailleurs fait aménager une vaste terrasse d’où sa clientèle peut confortablement admirer le panorama, mais surtout, grâce aux cinq ou six longues-vues mises à sa disposition, jouir des inénarrables dégringolades qui font tout l’intérêt, sans doute le seul, de ce lieu de villégiature.

      Face à ces échecs répétés, on en a donc logiquement conclu que la face cachée (nord) était la seule voie possible. Sans que personne jamais n’ait la curiosité d’y aller voir. Les mauvaises langues prétendent que c’est plutôt l’irrépressible besoin de se donner en spectacle, d’attirer l’attention des belles dames de la terrasse tout en bas, de leur procurer le frisson délicieux qui leur parcourt l’échine à chacune de leurs cabrioles insensées, qui poussent ces beaux messieurs à persister dans leur erreur.

      D’autres mauvaises langues, plus locales celles-ci, parlant donc peu ou pas du tout, prétendent que la face cachée (nord) n’est qu’une montagne à vaches où les vieux vont faire paître leur troupeau tandis que les enfants qui les accompagnent gambadent joyeusement alentour. 
 



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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 17:18

Pour voir encore (suite)

 

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          Reprenons: quoi qu’il en soit cela fut, cela arriva. Essai de mémoire, tentative d’oubli, choisir. Réessayons. A trois, on le dit tous ensemble. En chœur. D’un même cœur. On le dit, on l’a dit, c’est bien. Que dire d’autre?  Essayons. Reprenons à la ligne en vue d’une envolée. Envolons-nous un peu dans les phrases, n’ayons pas peur des mots. Tous les mots ne font pas des phrases, toutes les phrases ne sont pas noyées, tous les mots n'ont pas sombré Pas encore, pas de panique. Allons, n’ayons pas peur des mots, ne tremblons pas. Si, tremblons un peu, juste ce qu’il faut pour agiter encore quelque chose en l’air.

     Ainsi parlait devrait parler. Ce serait le moment. Ecoutons-le voir.

    Tout cela fut en ce temps-là où les jours étaient comptés. Lesquels? on ne le saura jamais. Certains jours viennent que l’on ne voit jamais. Il faut y croire cependant à ces jours bien qu’ils ne nous concernent plus. Penser alors aux enfants, à ceux qui viendront, qui attendent déjà ces jours qui ne nous regardent plus. Les enfants servent peut-être à ceci : rester concernés par les jours. Oui, c’est bien utile. Croire aussi aux jours des ancêtres, pour la rédemption de nos nuits à venir et autres obscurités enchantées. Bon, ça tient debout : croire aux jours des autres et aussi un peu aux nôtres en faisant l’effort nécessaire à l’exercice impossible. Et les belles années. Dire les belles années que nous avons connues car on en a connues pas vrai. En cherchant bien, dire les années qu’on a connues. Donnez des dates, des références : c’était peu avant, peu après, ou même pendant. Sauver ces années-là, celles qu’on a connues. On peut même préciser : du bon temps de mes années. Sauver une heure au moins. 

    Une histoire pour détendre les tendus : A quoi bon se disait à quoi bon à quoi bon lorsqu’il rencontra Ça ira mieux demain qui lui répondit ça ira mieux demain allez mon vieux quoi. C’est d’un drôle. Ça détend un peu. Une fois détendu, se retendre immédiatement. 

    Quoi qu’il soit, cela fut et cela fut bien dommage. Un tour pour rien. Mais cela fut et c’est à prendre en compte. On dit ça pour rassurer. Rassurons-nous :  ça ira mieux vers les demain si tout va bien. Ça fait du bien ces temps conjugués, ça redonne vigueur à l’idée des jours.

    En ce temps-là, Si c’était à refaire rencontra A quoi bon qui discutait avec Si ça servait à rien tout ça après tout pourquoi se fatiguer plus longtemps on fait ça pour les enfants mais si c’était qu’moi il y a longtemps que ce serait terminé ces bêtises. Que purent-ils bien se dire d’autre si toutefois il purent se dire quelque chose. De toute façon et de quelque façon qu’on tourne et retourne le problème tout cela est au passé. On se demande pourquoi on en parle. Demain est un autre jour promit de revenir le lendemain. On le crut. On le croit toujours celui-là.

    Mais qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu attendait la réponse. Il attend. Il n’attend plus.

    Je ne voudrais pas dire se tut, mais sans pouvoir se retenir.

    Je ne suis pas du genre le devint, bien malgré lui. Fallait voir sa tête.


 

    (Je ne sais pas pourquoi je m'obstine sur ce texte qui n'est vraiment plus d'actualité pour moi. Pour les exégètes peut-être? Tout ça - entre nous - parce que j'ai décidé de mettre de l'ordre chez moi. Ça me prend en général à la veille de remplir ma déclaration d'impôt. Au plus mauvais moment donc. Tout ce bordel, sur lequel je trébuche à longueur de journée, était bien mieux rangé dans ces cartons parfaitement entassés dans un coin.

   Au point que je me demande si je ne vais pas suivre le conseil d'une bonne amie : organiser une vaste braderie ce long week-end d'ultralibéralistes. Tout à un euro, DVD, livres, gravures, matériel de cuisine, et le reste. Et mardi, la paix, le grand calme...

  Reste encore à rédiger le panneau à suspendre à ma fenêtre : GRANDE BRADERIE? TOUT DOIT DISPARAÎTRE?)


 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 17:25

Pour voir encore (1)

 

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    Pas de panique. Une phrase après l’autre. Des mots. Ça devrait être simple. Une phrase plus une phrase. Et puis une autre, et puis une autre, et puis une autre encore. Encore une pour papa, une autre pour maman. Une dernière pour la route. Ça devrait faire plusieurs phrases, peut-être même un paragraphe. Ça devrait pouvoir se faire. Des phrases, je m’étais pourtant juré.


    Quoi qu’il en soit, cela fut. Cela arriva. Tout ce qui était et rêvait aussi un peu d’avenir, tout soi qu’il fût, en resta là. Chacun emporta son avenir, un peu de son passé aussi, mais plus de présent. C’en était fini du présent. Terminé. Toujours ça de moins à trimballer dans les cartons. Pourtant, chacun, à l’instant même, crut son heure venue. C’était faux : le temps de le dire et il n’y avait déjà plus d’heure, plus de temps, on ne conjuguait plus, c’en était fini des concordances. En quelque sorte, désormais, une certaine simplicité dans le langage. 


    Cela fut donc. Cela arriva. A l’heure dite. Dite, on ne sait pas trop par qui. On supputa que l’heure dite avaient été dite par quelqu’un en charge de la dire. Tant de gens demandent l’heure, tant de gens la disent. Tant de gens attendent l’heure, tant d’heures attendent les gens. Que d’heures et de temps perdus jusqu’au moment venu.


    Sur ce, voilà, c’est arrivé. On n’est pas grand chose. Ceci, à répéter. Répétons.


    J’ai rien entendu. “On n’est pas grand chose”, pourtant la phrase est plus coulée. (Cette envie de couler les phrases, de parler comme on respire, d’écrire comme on expire.) Des phrases pour expirer. Expirer des phrases coulées d’avance. Des phrases de fond, du tout au fond. Des phrases qui s’enfoncent. Enfoncées. Ne parlons pas de naufrage, pas de grands mots surtout (et le naufrage si plaisant pour qui sait nager). Il n’est plus temps. Trop tard, l’heure a été dite. Tout le monde, cette fois, a entendu.

 

 

      Ce texte, extirpé des entrailles d'un précédent ordinateur, je ne sais qu'en penser. Je vous en livre le début, à peine revu et corrigé. Texte d'une trentaine de pages, resté inachevé, un pléonasme presque chez moi. (Au titre original "Pour voir", j'ai ajouté cet "encore" que les beckettiens n'auront pas manqué de relever.)

 

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 11:33

 

Ce chien vous vieillit un peu


 

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(Je sais, c'est un canard mais c'est mon canard)

 

         Madame Piqueton a un chien qu’elle promène volontiers. Elle ne le promène pas vraiment, elle le traîne. Avec une constance et un acharnement dont la pauvre bête ne comprend visiblement pas la raison. Certes, malgré son grand âge, il doit savoir qu’il est censé faire ses besoins quelque part, un quelque part par là qu’il a oublié mais qui lui parait le bout du monde.

         Le chien de Madame Piqueton n’est plus qu’un sac de viandes en vrac.   Il est effondré de l’arrière et vacillant de l’avant. Il en a plein les bottes. Fait remarquable, quoique les années l’ait dépourvue de ses poils, seule sa queue semble encore vivante, comme tétanisée, constamment dressée, raide, inébranlable, pointée très précisément vers le ciel.

         Elle est d’ailleurs providentielle cette queue pour Madame Piqueton qui ne se prive pas de l’empoigner, pour la marche arrière par exemple, et aussi faire pivoter - tiens, il n’a donc pas de nom ce chien? - l’arrière-train de Toutou dans la bonne direction. Car elle semble toujours espérer l’improbable étron Madame Piqueton. Et si possible dans le caniveau.

         Et puis un jour, tous deux ont disparu. Quelques mois peut-être. Sans doute moins. Car un matin, je croise Madame Piqueton que je ne reconnais pas tout de suite. Elle est métamorphosée, rajeunie de vingt ans au moins, toute pimpante, élégante, radieuse. Au bout de sa laisse elle promène un jeune chiot tout fou, pissant partout où il ne faut pas. Mais Madame Piqueton s’en fiche, elle fait juste mine de le gronder un peu, pas trop. Elle rayonne cette femme, la vie est belle.


 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 16:20

L'enfant

 

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Paul dessinant. 1923. Pablo Picasso

 

L’enfant paraît puis disparaît aussitôt. Quelques siècles plus tard, il est de nouveau là, à la même heure, à la même place. Il n’a pas bougé.

Personne n’a rien remarqué : il est l’enfant de toujours. L’enfant à jamais.

L’enfant qu’il n’est pas, il essaie de le rêver la nuit qui lui répond par un cauchemar.

Tôt le matin, l’enfant se rend à l’école, lourd de ses ignorances et des  fautes à venir. Taches d’encre et rouges genoux.

L’enfant a la réponse sur le bout de la langue. Il sait qu’elle y restera, qu’elle y a trouvé à sa place. Il entend : cet enfant n’écoute pas. Il n’entend que cela.

L’enfant n’a jamais les mots qu’il faut. Il en garde pourtant quelques-uns au fond de sa poche, qui sont à lui et ne sont pas des réponses.

L’enfant est la terrible personne. Il traverse les orages, saute par-dessus les montagnes et les chênes rouges. Il passe, il est passé. Il a rêvé. Enfin.

C’est l’été. L’enfant est au pied du grand sapin au fond du jardin. De grosses racines saillent hors de terre et dessinent comme les branches d’une étoile de bois tout autour du tronc de l’arbre. A l’aide de son petit râteau il écarte aiguilles et brindilles. Il traces des routes qui contournent les racines. Des croisements aussi. Ce travail achevé, il peut alors placer ses petites voitures et engins de guerre, puis ses soldats. Mais soudain, l’enfant s’arrête. Il est trop tard pour le jeu, il est déjà joué. Vieux jeu joué d’avance, depuis toujours. L’enfant ramasse son petit monde et l’emporte vers un autre ennui.

L’enfant n’a pas grandi, il a maintenant cent douze ans et demi. Il commence à chercher de véritables cachettes, des cachettes pour de vrai.

Il cherche le chemin de ses siècles à lui. Ceux dans lesquels il avait réussi à s’échapper autrefois.

 


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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 18:06

ou Petite théologie de l'Inachevé



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(Il y a une vingtaine d'années de cela, je présentais ma thèse de Doctorat en Théologie. Le succès ne fut pas au rendez-vous, c'est le moins qu'on puisse dire. J'avais oublié ce texte dont je vous livre les premières pages - sur les six ou sept cents qu'il comporte.)


 

         Ce livre s’écrit sans mémoire et dans l’oubli du reste. Mais ce reste oublié n’est pas rien qui constitue la totalité du mystère. Du mystère seulement car il n’est point de secret, si bien gardé soit-il. Le secret n’étant, nous l’allons démontrer ici, qu’un mystère qui s’ignore et réciproquement. En effet, tel Narcisse, le mystère, toujours soucieux de son ombre, sans laquelle il n’est rien, ne cesse de se mirer dans le noir reflet du secret d’où il croit tenir son existence et sa qualité. De même le secret. Secret et mystère, deux miroirs sans tain qui se font face et s’observent dans leurs nuits respectives, chacun rivalisant sur l’obscur. Ainsi, du haut de leur Rien, tentent-ils tous deux de s’élever au rang de leur vide respectif et donc du divin.

         Autrement dit, secret et mystère ne tiennent leur existence que de la connaissance que nous en avons. Un jour, le détenteur du secret a dit : Il y a un secret, je le sais. De la même façon, il y a mystère. Tous deux relevant donc d’une révélation.

         Dieu, infiniment limpide, ne peut donc relever d’une telle supercherie. S’Il relève du secret et du mystère, il doit le dire, et mieux encore dire en quoi Il doit se tenir dans cet Intenable. Dieu ne peut donc que se révéler, librement, gratuitement. Et pour se faire, il semblerait qu’il ait fait confiance à l’homme et qu’il persiste à le faire. Faire confiance à l’homme, voilà qui pourrait bien apparaître comme une belle naïveté de sa part. Se confiant à l’homme, se fiant à lui, Dieu se fie tout aussi sûrement au désastre. Non pas comme un voile ou une ombre dont Il aurait besoin pour se cacher. Invisible, Dieu ne se cache pas. Muet, Dieu ne parle pas. Manchot, Dieu n’écrit pas. Ici, déjà, quelque chose ne va pas. Se révélant dans le désastre, Dieu se fait Lui-même désastre, le créant pour ainsi dire, car Dieu ne subit rien, car rien n’est sans Lui ni hors de Lui. Ainsi, le désastre tel que nous l’éprouvons est d’essence divine. Dieu est proprement désastreux.

         Ici, tout en écrivant, l’auteur vient brusquement de perdre la foi. L’auteur est navré. L’auteur est confus. L’auteur pense que ça lui a pris, cette perte de foi, lors d’un bâillement ou au milieu d’un courant d’air. Peut-être après avoir allumé une cigarette.

         L’auteur va se ressaisir, éteindre sa cigarette, dire ses prières. Puis l’auteur reprendra depuis le début. Le voici d’ailleurs qui se reprend, magnifique, somptueux même dans sa superbe, superbe dans sa reprise: 

         Ce livre, donc, s’écrit sans mémoire et dans l’oubli du reste, comme ceci est vrai. Mais ce reste oublié, ce reste sans mémoire, n’est pas rien, loin de là, qui constitue la totalité du mystère. J’ai bien dit mystère. Car il n’est point de secrets. Ni secrets ni mystères.

         L’auteur est peut-être éprouvé. Dieu l’éprouve peut-être. Malgré son inexistence, par-delà son néant. Voilà qui serait bien curieux : Dieu, tout intelligent qu’il est, n’éprouverait pas un incroyant (mécréant), cela ne lui servirait à rien, un coup d’épée dans l’eau tout au plus. Réflexion en aparté : si ce n’est Dieu, qui n’existe d’ailleurs pas, peut-être est-ce alors le Désastre en personne qui chercherait à éprouver l’auteur. Désastre déifié, avec son d majuscule, ici l’auteur sent se pointer à grands pas une nouvelle idole.

         Non seulement l’auteur a perdu la foi, c’est maintenant un fait avéré, mais il est devenu par la même occasion athée voire agnostique (à vérifier dans le dictionnaire).

         Non seulement l’auteur a brusquement perdu la foi, devenant tout aussi soudainement, pratiquement dans la seconde, athée et agnostique, mais il ne lui a même pas été accordé de faire un léger détour par l’hérésie. Ce qui lui aurait pourtant permis d’achever plus ou moins heureusement ce livre. Autre détour possible : la mystique. Tout bien pesé, la mystique aurait été le détour idéal.

         Causer spiritualité. Le spirituel, ça n’engage à rien en principe. A voir.

         L’auteur, très chagriné, décide de tout reprendre à zéro. Un chapitre raté, ça n’est pas bien grave. C’est le manque d’élan, et non la foi, se dit-il, qui est ici en cause.

 


Chapitre I bis


 

 

         Ce livre s’écrit sans mémoire et dans l’oubli du reste. Ce reste oublié, ce reste d’oubli, sans souvenir ni rappel d’aucune sorte. Pas mal ça.

         Voilà.

         L’auteur pense que ce serait sans doute le moment de faire quelques petits arrangements avec sa conscience, la religieuse si possible. Laquelle pourrait lui souffler si elle le voulait bien qu’il n’est sûrement pas indispensable de croire en Dieu pour en parler à son aise.

         L’auteur pense aussi, il en a le loisir ces derniers temps, que l’absolu c’est bien mais que le relatif c’est pas mal non plus. Plus confortable le relatif. Dieu ferait peut-être bien, s’il tient à ce qu’on parle un peu de lui, mais il n’y tient peut-être pas plus que ça, d’être plus souple, plus relatif en somme. Ne plus se raidir ainsi dans son absolu. Ça lui fait du tort. A preuve.

         Après en avoir délibéré ensemble, l’auteur pense qu’il est urgent de dédramatiser l’affaire et de bannir les excès (Dieu existe ou n’existe pas). Non, Dieu peut avoir une existence relative. Qui dépendrait des jours. Ne pas faire de l’existence de Dieu un absolu, une permanence. Se faire Normand au besoin : peut-être existe-t-il, peut-être que non. Dans ces conditions, beaucoup moins dramatiques, le travail, pensa l’auteur, peut reprendre. Ouf!

 


Chapitre I ter


 

 

         Ce livre s’écrit :

         primo : sans mémoire.

         secondo : dans l’oubli du reste.

         Ceci posé, poursuivons. Lions la gerbe. Nous avons vu que ce livre, celui-là même que vous tenez dans vos mains, que vous avez peut-être acheté, quelle erreur, ce livre donc s’écrit sans mémoire et dans l’oubli du reste. Nous avons également vu que ce reste oublié n’est pas rien. Eh non! Oh que non les amis!


 

 

 

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 18:48


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         Depuis le temps, il faudrait que j’y arrive enfin à joindre les deux bouts. Depuis que j’y pense, que j’en rêve sans jamais m’y essayer sérieusement. Demain, c’est promis, je joindrai les deux bouts. Vieille rengaine.

         Petit travail de préparation avant de me lancer dans les grands travaux proprement dits : savoir à quoi ressemble ces deux bouts. Si l’on ignore ce que l’on cherche, on ne trouve pas.

         Bien que je ne l’aie point aperçu depuis longtemps le premier bout, ça va, je sais, j’imagine plutôt, à quoi il doit bien pouvoir ressembler: sûrement à pas grand chose : à un petit bout de rien du tout. Tout bien réfléchi, il serait tout de même préférable qu’on me le colle sous le nez, sous les yeux plutôt, pour qu’il me revienne véritablement à l’esprit et, partant de là, qu’il me semble à portée. Enfin, ça devrait pouvoir se faire, je me connais il suffirait que je me concentre un tant soit peu. Aidé d’une documentation ou d’archives familiales peut-être.

         Et je me conforte ainsi : en me disant qu’une fois ce premier bout repéré, saisi même, peut-être aurai-je alors une idée plus précise du deuxième bout, celui à joindre, qui reste pour l’instant à l’état d’épais mystère. Ce qui pourrait me guider utilement tout de même : cette idée que, désirant joindre ces deux bouts, ne perdons jamais de vue cette quête, il semble indispensable et tout à fait nécessaire que cet autre bout, le deuxième, soit compatible avec le premier, physiquement, chimiquement, apte à la jonction. Ici, je dois m’aider d’exemples appropriés : deux bouts de ficelles, deux wagons à accrocher sur la même voie - et non sur des voies parallèles -, deux rallonges électriques avec pour l’une une prise mâle, pour l’autre une prise femelle. Ces trois exemples devraient me suffire, tant ils sont parlants.

         Et en effet, je m’aperçois tout soudain qu’en aucun cas ces deux bouts, si je veux pouvoir les joindre, ne doivent rester fixes. Ils doivent pouvoir se déplacer. Au moins, l’un d’eux. S’il se trouvait que l’un ne puisse aller à l’autre, il serait alors foutrement bienvenu que l’autre puisse aller à l’un. Voilà qui m’inquiète soudain : et si c’était le cas? si aucun d’eux ne pouvait changer de place? inamovibles à jamais? Cette hypothèse ne m’avait pas effleuré : joindre les deux bouts ne me paraissait certes une tâche aisée mais en y mettant un peu d’énergie pas impossible. 

         Pas de panique. Car il resterait alors à espérer que l’un de ces deux bouts possède une certaine élasticité qui me permettrait de tirer dessus, avec prudence, pas question qu’il me pète entre les doigts, jusqu’à l’amener au deuxième bout? Mais là aussi, pourrai-je les coller ensemble, les souder, ou en faire un nœud de ces deux bouts, ou devrai-je rester planté là éternellement à leur tenir la chandelle?

         (Joindre les deux bouts, si j’avais su où j’allais mettre les pieds j’aurais certainement choisi un autre sujet : joindre l’utile à l’agréable par exemple. Occupation d’une banalité et d’une vulgarité sans nom peut-être mais laissant beaucoup plus d’espace à l’imagination.)

         D’ailleurs ce travail préparatoire, censé soulager mes nerfs fatigués, ne fait que m’angoisser à mesure que j’avance - en reculant je l’admets. Car il m’apparaît soudain qu’un des deux bouts, le premier ou le second peu importe,   soit non seulement fixe mais totalement inaccessible au commun des mortels. Juché sur quelque sommet enneigé par exemple? Enfermé à double tour dans le coffre d’une banque? Enterré à six pieds sous terre? Quelqu’un, voilà le scénario catastrophe qui se profile, ne serait-il pas allé jusqu’à l’emporter dans la tombe?

         Soit, il sera dit que je ne changerai jamais, que je n’arriverai jamais à joindre les deux bouts, que je n’en ai jamais eu et n’en aurai jamais la moindre envie. Changer, c’est se renier, et vogue la galère.

 

        


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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 18:44

Jardin tout confort


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         Mon jardin a la taille d’un terrain de football. D’emblée, je lui trouvai toutes les qualités : une surface telle qu'elle permettait d’envisager toutes les plantations possibles (potager, verger, fleurs à couper), surface parfaitement plane, rigoureusement délimitée par des bandes blanches, pas moyen de se tromper, recouverte d’un gazon ras, arrosée automatiquement selon les saisons et le degré d’hygrométrie, comportant en outre deux sortes de cages faites de filets tendus toute désignées pour y planter groseilliers, framboisiers, cassissiers, que les oiseaux s’empressent de piller que c’en est pénible.

 

         Plus tard, je découvris même, situé à l’écart, tout le confort possible : vestiaires, douches, W-C. Confort rare qu’apprécie tout jardinier à la fin de sa rude journée.

 

         J’allais oublier : l’exposition est parfaite, le soleil se levant d’un côté, je ne sais plus lequel, se couchant de l’autre. Et aussi, mais cela je le découvris plus tard presque par hasard, mon jardin pouvait le cas échéant être éclairé par de puissants projecteurs pour les travaux de nuit. Une fort belle affaire vraiment que ce terrain. C’était pour le moins un jardin de contremaître voire de directeur d’usine que je venais de m’offrir pour le prix d’un simple jardin d’ouvrier.

 

         J’étais ravi, et mon ravissement fut tel que je me mis aussitôt au travail. Une nuit pour dresser le plan général selon les directives de M. de Perthuis, auteur indépassable du célèbre Traité d’Architecture rurale (1810), traité qui aujourd’hui encore fait autorité comme chacun sait.

 

         Les jours suivants furent certes harassants mais ô combien exaltants! Chaque heure apportait sa pierre à mon jardin, si je puis dire, et rien ni personne n’aurait pu de me distraire de ma tâche. Personne sauf une bande de jeunes idiots surgis soudain de nulle part pour jouer au ballon. Je vous demande un peu. J’eus beau jouer du râteau, de la pelle, de la pioche, rien n’y fit. Ce fut la maréchaussée qui trancha : au lieu de chasser les vandales, les pandores me conseillèrent, sans rire, d’aller me renseigner auprès de mon notaire et de m’acheter des lunettes pour mieux déchiffrer le plan cadastral.

      Ce que je fis, n’étant pas du genre à contrevenir aux lois de mon pays. Mon nouveau jardin se situait en effet bien en contrebas du merveilleux terrain de cons, au bord de la rivière, en zone inondable, c’est à dire inondé six mois par an. Depuis je me désintéresse souverainement des jardins. Je vais au marché deux fois la semaine, où je trouve à peu près tout ce dont j’ai besoin : pain, olives, et sardines à l’huile.


 

 

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