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20 décembre 2011 2 20 /12 /décembre /2011 12:38

 

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  Ce matin en ouvrant mes volets, il était toujours là, tout cramponné à sa corde le pauvre, sans avoir progressé d’un pouce depuis trois jours que je l’observe. Il n’y arrivera jamais.

  Je ne sais pas comment l’aider. Une chose est sûre, on ne m’y reprendra plus à appeler les pompiers comme j’ai cru bien faire l’autre jour. Qu’est-ce que je n’ai pas entendu ! Sans parler de l’amende si je recommençais. Après tout, il a peut-être raison le médecin pompier, celui qui m’a fait la piqure, je dois voir des pères Noël partout, il paraît que ça arrive en ces périodes de fêtes.

 

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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 10:35

 

Et voilà le travail.


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Cependant mes premiers pas dans cette vie pachydermique ne furent pas toujours heureux. Marcher à quatre pattes après un siècle de vie humaine en érection quasi permanente, en station érectile pardon, ne va pas de soi. De même que ce nez démesuré sur lequel je ne pouvais m’empêcher de loucher.

Quelques ratés mémorables donc, comme ce jour où j’ai roulé dans le fossé avec tout mon barda. Je me suis fait traité de tout, notamment d’incapable. (A cette occasion, j’ai découvert qu’il en allait pour l’éléphant comme pour l’homme : tout se joue avant six ans et j’ai dû encore dépasser la date limite, ça promet.)


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Quant à la fameuse mémoire d’éléphant, laissez-moi vous dire que c’est une légende. Pour preuve, certains soirs j’en suis toujours à chercher ma tente, distrait comme je suis, alors que je devrais me souvenir que ma place est dehors avec mes collègues entravés.


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Autre déconvenue, et non des moindres : je travaille huit heures par jour, six jours sur sept, c’est syndical. Moi qui m’imaginais que j’allais être sacré comme une vache et à ce titre adoré. (En réalité, et comme j’aurais dû m’y attendre, je me suis trompé de trombines d’éléphant, pourtant faciles à distinguer. Ainsi, je suis d’origine africaine, échoué en Inde, où j’exerce donc le beau métier de travailleur immigré.)


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Mais enfin, je vis.

 

 

 

 

 

 

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 15:32

 

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   J’en suis à peu près sûr : dans une autre vie, je serai éléphant d’Inde. (Oui, je l’ai échappé belle). J’en ai eu brusquement la révélation l’autre jour en feuilletant ce livre passionnant, auquel je n’ai cependant rien compris ayant des lacunes en anglais. 


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   Et cette fois, pas question de donner dans l’à-peu-près. (Car je sens confusément que j’ai mal préparé celle-ci actuelle de vie, trop de précipitation ou d’improvisation, ça ne pardonne pas.)

   Il existe donc deux modèles d’éléphant indien, le premier et le second. Ce dernier (à droite, donc) me semble plus pimpant avec ses belles oreilles bien repassées, et ses quatre poils sur le caillou. Je prends donc le modèle numéro 2, m’en souvenir lors de ma prochaine transmigration - car j’imagine que cela se passe ainsi : il faut clamer haut et fort à l’employé, sans hésitation ni bafouillage, dans quel corps l’on veut se retrouver.

   (Préciser le sexe ? Ou laisser une part au hasard ? Non, pas question, restons ferme : sexe masculin, on ne change pas une équipe qui gagne.)

    Je suis prêt. 

 


 

 

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 10:20

 

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J’ai inventé le monde à croquer et son petit air penché.


(Ai-je bien fait ? de l’inventer? Puis de croquer dedans ? de le grignoter ainsi depuis ? Vous en ai-je laissé suffisamment ? Goûtez, ce n’est pas mauvais. Certaines parties moins savoureuses que d’autres. Ces autres pas savoureuses du tout. Et attention à l’arête centrale, n’allez pas vous blesser.)

 

 

 

 

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 16:46

 

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   C’est pas pour me vanter mais quoi qu’il advienne de l’interminable suite de mes jours j’aurai inventé le sèche torchon à monter soi-même et, tout aussi facilement, à démonter par le même soi-même. Le tout à volonté et selon les besoins. Simple, économique. Simple, économique… et pas cher. (Voir à peaufiner le marketing.)

    Notez que j’ai parlé de torchon mais j’aurais pu tout aussi bien évoquer les mouchoirs, chaussettes, caleçons, slips, langes pour bébé… ainsi que mouchoirs, chaussettes, torchons, déjà dit. (Voir à peaufiner tout ça.)

   Notez enfin les cuvettes de récupération d’eau : rien ne se perd tout se crée. Non. Bref, c’est un appareil qui préserve la planète, ça n’est pas rien ça de préserver la planète tout en faisant chécher ché chauchettes.

  (A revoir entièrement.)

 

 

 


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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 15:36

 

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    Mon cœur habite par-ci et moi par-là. Nous sommes séparés par une distance que j’aurais bien du mal à évaluer. Je pourrais en appeler au vol d’un oiseau mais encore faudrait-il que je décide lequel. Un qui sache voler de préférence, évidemment, et qui serait assez fiable pour en espérer une mesure constante, une sorte d’oiseau étalon en quelque sorte. Un mâle donc, voilà déjà une avancée.

    Qui plus est, j’imagine qu’il devrait voler doit, en droite ligne, ce serait préférable, au lieu de tourner en rond comme je vois certains le faire. Par exemple je ne ferais pas confiance aux étourneaux, ni aux pinsons. Moins encore aux canards et aux pigeons, les premiers passant leur vie sur l’eau, les seconds, depuis l’invention du téléphone sans fil, ne s’occupant à rien d’autre qu’à picorer des petits cailloux je vous demande un peu.

   Après tout peu importe la distance. Je n’ai plus de cœur. C’était l’autre jour, j’ai senti qu’il en avait assez de rester les bras croisés, mes déclarations se faisant trop rares et mes embrasements plus encore. Et donc, se jugeant inutile dorénavant, il s’est fait la malle. Je suis prêt  à parier qu’à l’heure où je vous parle, ce brave cherche encore à aimer. Une idée fixe. La Terre entière si ça se trouve. Ou alors des femmes. Oui les femmes, ou une femme, oui ce serait assez son genre. C’est un sentimentale, je me demande comment après toutes ces années il n’aperçoit pas encore le ridicule de la chose.

   Ou alors plus grotesque encore, il s’est posé quelque part pour admirer, qui un nuage, qui un coucher de soleil. Ou encore s’extasiant sur les petites fleurs de champs et rêvant le soir devant un feu en attendant les étoiles. J’ai toujours su que j’étais doté d’un cœur très ordinaire, capable de tomber en arrêt devant à peu près tout et n’importe quoi : Notre Dame de Lourdes, le Mont Saint-Michel, la tour Eiffel, Dieu sait quoi encore. Un cœur de touriste en quelque sorte, preuve que nous n’étions pas faits l’un pour l’autre. Bon débarras tiens.


 

 

 

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 15:59

 

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   Inutile de se voiler la face : j’écris très au-dessus de mes moyens et, qui plus est, il est rare que je parvienne à terminer un texte. (Au verbe « terminer », les freudiens préfèreraient sans doute « achever », et ils auraient raison, puisque mettre un point final à un texte c’est tuer beaucoup de monde, en premier lieu le ou les personnages, puis l’auteur lui-même, en brisant net ce rêve insensé avec lequel il a vécu de sortir de soi, de se quitter tout en étant certain de n’avoir jamais été autant lui-même qu’en écrivant.)

   Dans ces conditions, je m’en vais descendre de plusieurs étages pour m’arrêter à celui consacré au bricolage. N’allez pas gentiment protester, j’ai ma petite idée. Depuis quelque temps, j’entends de plus en plus souvent parler de l’intertextuel. Tout ce que j’en ai retenu de cet intertextuel c’est qu’il permet de recopier plus ou moins fidèlement un roman oublié sans être accusé de plagiat. Avec l’intertextuel en bandoulière, on ne plagie pas, on est dans l’intertextualité, rien que ça, et c’est classe.

   Et cela tombe bien parce que pas plus tard qu’hier soir j’ai lu, que dis-je, dévoré, un roman superbe, « L’affreux amour » que ça s’appelle. Terrible. Dramatique. Certes, à dépoussiérer un peu. (Ces fichus téléphones portables qui ont été un temps le cauchemar des scénaristes.)

   Tout d’abord, bien qu’il soit parfait, changer le titre, l’intertextualité je le crains ne mettant pas à l’abri d’éventuelles poursuites judiciaires. Ce serait bien le moment. J’ai donc pensé à « L’amour affreux » ou « L’horrible amour », ou « L’épouvantable amour ». Pas très modernes ces titres et encore trop proches de l’original. Je me suis arrêté, provisoirement, à « Que l’amour c’est affreux ».

  Pour le reste, moins facile que je ne m’imaginais. Parce que la suite est parfois si risible ou tellement tragique, comme on veut, que je me suis posé sérieusement la question de l’intertextualité. Ne serait-elle pas elle aussi un art largement au-dessus de mes moyens ?

  Changer de registre peut-être, commencer par les amours heureux ? La fiction pure, après tout, c'est mon truc.


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   Mais cette fois, ce sont les titres qui me posent problème. Impossible de les modifier sans altérer gravement le propos initial. Prenez « Celui qu’elle aimait » par exemple. Eh bien, rien à faire - puisque « Celle qu’il aimait » reste encore trop proche de l’original -, il devient un roman lesbien. Pourquoi pas ?


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   Ou encore « N’écoute que ton cœur ». Là je n’ose vous dire sur quel titre j’ai fini par m’arrêter, après en avoir essayé des quantités : « N’écoute que tes oreilles », « N’écoute que ton petit doigt », « N’écoute que ton foie », etc. Une centaine d’organes plus loin, j’ai naturellement pensé à « N’écoute que ta… » Non, je ne peux pas.

 

Bon, une autre fois l’intertextualité.

 

 

 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 11:51

  

  Vu son incroyable état de tristesse, oui parce qu’entretemps Malone est mort à ce que j’ai compris, ça n’a fait qu’ajouter, j’ai eu cette faiblesse d’aller lui acheter une boîte de crayons de couleur et une pochette d’un très beau papier - encore des frais, presque autant que pour le médecin -, puisque je me souvenais avoir lu quelque part que dessiner était bon pour cette espèce de maladie de l’âme dont il est atteint.

   Et voilà que le pari semble en passe d’être gagné : le soir, je l’entends s’agiter là-haut, renverser sa boite de crayons, pester, déchirer un feuille, puis une autre, manier furieusement le taille-crayon, comme s’il était pris d’une puissante fièvre créatrice. Et cela dure une bonne partie de la nuit. Je m’endors presque rassuré, pensant : qui sait, demain nous allons peut-être rire, les affaires vont pouvoir reprendre.

   Mais voilà ce qu’il m’apporte fièrement ce matin:

 

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Depluloin. Jeudi noir dans le sens des allers et des retours. 2011

 

    Cela s’appelle « Jeudi noir dans le sens des allers et des retours », m’annonce-t-il sur un ton qui n’admet pas la contradiction. Je lui réponds qu’il doit sans doute confondre avec le jour précédent, celui des morts, auquel cas il ferait mieux d’appeler son œuvre Mercredi noir dans le sens des... Pas du tout ! me coupe-t-il sèchement. Et je vous prie de publier cette œuvre dans les meilleurs délais avec le titre que je lui ai donné ! (Voilà qu’il me donne des ordres à présent, et sur quel ton je vous demande un peu.) Ah, et vous serez bien aimable de me trouver un poisson rouge très rouge car je dois en dessiner un pour demain ! ajoute-t-il avant de regagner ses appartements.

 

   Un poisson rouge dans ce patelin… Et pourquoi un poisson « très » rouge ? Je savais qu’il était fou. Je le savais.

 


 

 

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 11:22

 

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    J’ai beau me savoir capable de rater à peu près tout, je l’ai d’ailleurs maintes fois prouvé, il me reste cependant quelques jolis tours de force qui mériteraient d’être rapportés, dont celui-ci qui restera j’espère le dernier puisqu’il constitue une sorte de record que je ne suis pas certain de pouvoir battre. Cela dit tout de même avec une certaine réserve qui tient à cette irrépressible besoin qu’ont les hommes de ma trempe à se dépasser pour aller toujours plus loin, plus haut, et aussi plus bas.

  L’histoire commence un matin, ce matin même pour être précis, où, à la suite d’une mauvaise nuit j’imagine, je me retrouve pendu à ma poutre. Dans une posture assez fâcheuse donc, celle du pendu ordinaire. Rien là de très original, sauf que cela fait déjà une petite heure que je me balance mollement au bout du câble de ma télé, que va dire mon propriétaire quand il va voir ça, et que j’attends le trépas, et qu’il ne vient pas.

   C’est ça qui ne va pas en un sens. Car d’après mes renseignements puisés dans le Larousse médicale du XXème siècle (édité en1905, peut-être les pendus ont-ils fait des progrès depuis, amélioré leur technique ?), mon décès aurait dû intervenir au dix minutes au maximum après que le nœud ne coule - je me comprends. Je ne suis pas si impatient mais tout de même je me trouve bien du retard. J’ignorais jusque là être si coriace, un dur à cuire pour un peu, pas de quoi rouler les mécaniques cependant. Et si j’avais un doute quant au temps qui passe, la cloche du beffroi se charge régulièrement de le dissiper. L’heure y est municipale, donc républicaine et très exacte.

  Bref, je commence à m’ennuyer. Rien d’étonnant à cela, en m’appliquant bien cette fois, je viens de m’apercevoir qu’il est midi, douze coups, oui c’est ça, et que cela fait donc trois bonnes heures que je pendouille dans mon living à poutres apparentes. Et si j’avais encore un doute, quant à ma situation de bien vivant, quelques infimes signaux viendraient me confirmer la chose. Par exemple, je fumerais bien une cigarette, avec un verre de n’importe quoi, et tant qu’à faire je mangerais bien aussi un petit quelque chose.

  Certes, j’ai bien essayé de me balancer pour tenter d’agripper la rampe de l’escalier mais ces tentatives n’ont fait que m’amuser. Cette manie de jouer sans cesse et avec un rien. J’essayais de toucher le plafond avec mes pieds, histoire de faire l’acrobate, puis de péter les ampoules du plafonnier, j’ai presque réussi. Pour un peu je repartais de là avec un gros nounours fluo. Puis comme je me lasse vite, j’ai fini par me laisser bercer, c’est à peine si je n’ai pas piqué un petit roupillon.

  D’ailleurs, le temps passe et vous allez voir que je vais devoir dormir là, debout si je puis dire. Et pour le café du matin, tintin. Tiens, j’aurais dû penser à allumer la télé ou la radio. Il y a des émissions passionnantes à la radio.

  Je ne comprends rien à cette bizarrerie. Certes je respire plus difficilement mais c’est imperceptible. En réalité, je crains surtout de prendre froid, j’aurais dû me couvrir un peu plus, et je me demande comment on arrive à éternuer une fois pendu, si c’est chose possible, du moins sans se faire péter les tympans ou chier un bon coup.

  Autre déception, pas des moindres : en manière de consolation, je me disais : au moins tu auras une belle érection depuis le temps. Eh bien non, rien, que dalle. Tout ce que je ressens de ce côté-là, c’est une forte envie de pisser, et bien sûr je n’ai rien prévu. Pas compliqué pourtant de placer une cuvette par terre un peu au-delà devant soi. Peut-être même une autre juste un peu en arrière au cas où aussi.

  Je m’égare, j’ai plus important à penser. Par exemple à mes prières. J’ai dû rater la dernière, je n’ai pas été exaucé, ça devient une habitude. Elle disait à peu près ceci ma prière : « Mon Dieu de nom Dieu de Vous, mon Salaud chéri, faites que je claque vite, dans les meilleurs délais, faites pas le con pour une fois. » J’ai dû oublier «S’il te plait, ma charogne des cieux.» Oui, c’est ça.

  C’est pas le tout mais il va falloir que je me prépare au décrochage. Car il va bien se trouver quelqu’un pour s’inquiéter. Donc, que dire ? Quelque chose comme : Je me pends tous les matins, vu que j’ai des problèmes de dos et que la pendaison me fait le plus grand bien. Ça passera peut-être. Entre les médecines dites douces et les violentes, le gens ne savent plus où ils en sont et il suffit que je leur dise que c’est chinois pour que tout le monde s’en retourne se pendre à la maison. Vous allez voir qu’on va encore me coller ça sur le dos, cette hausse sensible de la mortalité locale.

 

 


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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 12:15

 

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  Depuis peu je me rends tous les matins à la piscine. Qui l’eut cru ? Pas moi certes. Ces endroits malodorants, humides et glacés, où, non content de patauger dans la même eau que votre voisin, l’on est tenu maintenant de s’affubler d’un bonnet grotesque et d’un maillot pour garçonnet, dans lequel mes attributs ont peine à y trouver leur place, il y avait beau temps que je les boycottais ces cloaques. Je préférais de loin nager sous ma douche, à l’abri des regards, et où j’ai toujours pieds.

  Mais la vie nous réservant bien des surprises, voilà que je me suis entiché d’une nageuse, une naïade pour faire poétique, dont j’assure l’entraînement. Autant dire qu’elle ira loin. (Car j’ai remarqué qu’il n’était pas nécessaire d’avoir été un grand champion pour faire un bon entraineur : une paire de tongs, un tee-shirt, un sifflet, et, prestige de l’uniforme ajouté à l’habit du moine, on prend vite du galon.)

   Le plus éreintant dans ce métier, ce sont ces perpétuels allers et retours le long du bassin. Parce que mine de rien on arrive à faire ses cinq ou dix kilomètres dans la journée, c’est du sport. Faites le calcul vous-même, sachant qu’un bassin olympique mesure cinquante mètres de long, que mademoiselle nage trois heures par jour, et vous aurez une petite idée de ce que peut endurer un entraîneur.

   Du coup j’ai inventé une nouvelle technique : je vais m’allonger sur le plus haut plongeoir et j’observe. C’est très plaisant parce qu’elle est très belle ma naïade et que j’ai caché son maillot – en réalité, il est à la poubelle. Si plaisant que j’en oublie de déclencher mon chronomètre, ou de l’arrêter, ce qui m’amène à donner des temps assez fantaisistes à ma championne qui me dit : Vous n’êtes pas sérieux. Parfois, la tête me tournant devant tant de grâce, il m’arrive de basculer dans le vide pour effectuer un magnifique plat six mètres plus bas. Dieu que l’eau est dure avec moi. Là encore elle ose une réflexion : A l’avenir, faites en sorte de ne pas me tomber sur le dos, vous auriez pu me tuer ! (Ici, l’allusion à mon poids, pour ne pas dire mon embonpoint – tiens, enfin un bon point, c’est maman qui serait contente -, est évidente.)

  Dans ces cas là, insolence caractérisée de la part de l’élève, un entraineur ne doit jamais baisser la garde. Et la sanction tombe immédiatement : je lui attache les chevilles et les mains, (il existe de gros élastiques réservés à cet usage), et hop ! Vas-y, petite insolente, fais-moi dix longueurs ! Le plus vexant c’est que j’ai à peine le temps de grimper sur mon perchoir, éreintant ça aussi, que la belle a déjà fini. Là je m’énerve, et lui en colle dix de mieux pour lui apprendre. Je lui en collerais cent que ça ne l’affolerait pas plus que ça. Ah que la jeunesse est… savoureuse.

    Après ces trois heures, n’importe qui aspirerait au repos, à l’apéro, au casse-croûte, à la sieste. Elle, non. Mademoiselle éprouve encore le besoin de courir, et loin encore, au cul du loup pratiquement. Je dois alors me taper de la suivre comme je peux, à mobylette, le vélo ne suffisant pas, ce par tous les temps. Dans les descentes, ça va à peu près, je parviens à tenir mon rang. Dans les montées en revanche, elle a encore le front de me doubler mais je vais trouver une parade un jour, peut-être lui attacher les pieds mais là aussi mais je redoute qu’elle trouve la chose plaisante et parvienne à me narguer encore. Cela dit, je n’abuse jamais de mon autorité. Jamais. Des fois qu’il lui prenne l’envie de s’essayer à ces sports dits « extrêmes » et que je réprouve tout à fait. Comme de sauter d’une falaise accroché à un cerf-volant, ce genre de bêtises. Et j’imagine qu’il existe encore plus bête dans le genre.

  Et c’est là mon pire cauchemar : qu’elle abandonne la natation pour je ne sais quelle autre fantaisie sportive et de me retrouver maître nageur pour vieux messieurs ou très vieilles dames, impotentes voire (les femmes n’en démordent jamais, il faut qu’elles pensent à leur corps), avec à la clef de devoir pratiquer le bouche-à-bouche tous les cinq minutes. Mais je les préviens de suite mes futurs élèves : je suis pour le massage cardiaque violent : trois coups de poings dans le cœur, peut-être un dans la gueule, suivis d’une vingtaine d’autres dans le ventre, et ainsi de suite jusqu’à la résurrection des morts.

   Bon, je n’en suis pas là. Pour l’instant, elle glisse encore sous mes yeux ma sirène, six mètres plus bas. Je compte les secondes sur mes doigts, mon chronomètre ayant coulé par trois mètres de fond. Mon sifflet aussi. Je suis un entraineur silencieux. Et, pour tout dire, amoureux.

 

 


 

 

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