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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 18:38

 

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  Elle avait fière allure ma maman sur cette photo. Puisque pose il y avait - mon père utilisant toujours, et encore bien des années plus tard, son vieux Zeiss à soufflet -, autant qu'elle soit avantageuse.

  Avantageuse parce que de mon côté je garde un tout autre souvenir de cette période faste durant laquelle mes parents participaient à des concours hippiques ou s’offraient de longues promenades sur les immenses plages situées de l’est de la ville. (Et ce souvenir dut être assez traumatisant pour m’empêcher par la suite de tenir plus de vingt secondes sur le dos d’un cheval et me donner assez tôt de ces bestiaux une idée bien à moi que je partage depuis.)

  Ce jour-là donc, j’entends des hurlements résonner à travers toute la maison et bien au-delà. Ma mère, je le comprends aussitôt, est en train de hurler de douleur. Je me précipite jusque dans le hall du premier étage et je l’aperçois en effet assise dans un fauteuil, cramponnée aux accoudoirs, le visage déformée par une souffrance qui paraît intolérable. Une de ses jambes est restée prisonnière de la botte. Le tire-botte s’étant apparemment avéré inefficace, mon père est là, empressé et fermement déterminé, tirant de toutes ses forces, tentant plusieurs manœuvres qui semblent toutes plus  dangereuses les unes que les autres. Mère grimace de douleur, hurle encore et encore. Je reste là, impuissant, ne sachant qui je dois assommer le premier : mon père pour qu’il cesse ce supplice, ma mère pour abréger ses souffrances. Auquel des deux accorder la vie sauve? Choix impossible, cornélien, et pour tout dire œdipien comme c’est pas possible.

  Je suis déjà dans la chambre en train de fouiller dans le placard où mon père entrepose ses armes et là encore j’ai l’embarras du choix car il est encore à l’époque réserviste et chasseur d’occasion. J’hésite, perdant de précieuses secondes, m’interroge sur le calibre idoine, pèse le pour et le contre entre le colt 11.43 et le fusil à éléphant, lorsque le silence se fait soudain dans le hall…

  Puis j’entends soudain: « Oh merci Pierre ! … Oh Pierre, j’ai cru mourir ! » En effet, maman n’était pas passée loin mais elle ne le sut jamais. Papa non plus d’ailleurs car entre-temps, dans le doute, j’avais tranché : ce serait les deux.


 

 

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 11:05

résolutions 2011    

       

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(Hommage à nos vaillantes troupes en Afghanistan. Et pensée toute particulière à leurs familles qui chaque matin, chaque soir, essaient de ne pas trembler.) 

 

   Cette année, plus question me laisser marcher sur les pieds. Terminées les politesses, je ne dirai plus bonjour ni au revoir, ma réponse sera non, les aveugles traverseront au petit bonheur la chaise, les femmes et les enfants aussi. A partir d'aujourd'hui ce sera : œil pour œil, dent pour dent, c'est biblique, ça va chauffer. 

  Laisse-toi aller ô mon bras, ne te retiens plus! Ça va chier, je vais lâcher la purée grave. Odieux personnage, c'est ce qui se murmura un peu partout. Dangereux, méchant, très vilain, ne le contrariez sous aucun prétexte sous peine de. 

  L'an passé, il y a deux cents siècles, c'était stage de survie en milieu hostile. Ça y est, c'est rentré in the caboche. Passons à la suite. Reconnaissance préalable du terrain suivie d'une sérieuse préparation - la vitrification que ça s'appelle. Finition main au besoin. A l'arme blanche. Sourire Opinel made in France. Rien de tel pour terroriser la population. Fallait pas me chercher. Dieu m'est témoin, d'ailleurs Il est avec moi et moi seul. Pour une fois. 

  Ça fait peur non? ... Non? ... Même pas un peu? 

  Bon, je m'en doutais. J'aurai essayé aux moins.

  Voir à prendre d'autres résolutions comme... pffff! ... aucune idée. 


 

 

 

(Et si le très gentil monsieur là-haut se reconnaît et ne souhaite pas apparaître ici, qu'il me le fasse savoir par les moyens les plus pacifiques... hu! hu!... pas de violences inutiles... restons calmes... Carte de lâche numéro... Ciel! qu'en ai-je fait de cette fichue carte? ... Et voilà, ça recommence! Les années se suivent et se ressemblent en plus... pire que la précédente. Déterminisme, destinée, et tout le toutim)

 

 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 12:03

Période bleue

 

 

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   Ma mère lors d'un voyage en famille à Biskra. En famille, c'est beaucoup dire puisque je n'en étais pas. Ce, pour cette raison fallacieuse que j'étais alors trop jeune soit quatre ans à peu près. Tel que je me connais je devais en faire plus, bien plus, huit ou dix ans, voire douze ou treize...

  J'étais furieux d'avoir été abandonné, confié aux bons soins de ma gouvernante personnelle certes, mais privé de cette expédition dans le désert, laquelle expédition eut certainement été à l'origine d'une vocation grandiose, comme... trafiquant d'armes par exemple. Oui, c'est cela! Aujourd'hui je serais riche comme un marchand de canon et fier comme pas possible. Un marchand honnête, consciencieux, passionné, puisque je suis pour ainsi dire en adoration devant les belles mécaniques et les canons.

 

(Vous avez là, dans cette fureur infantile, un cas exemplaire d'un souvenir recomposé. Je ne m'étends pas sur le sujet que chacun connaît : l'enfant se fabrique après coup un souvenir à partir de faits réels qui lui ont été rapportés par la suite, souvenir qui lui permet de symboliser tel ou tel traumatisme comme l'abandon de la mère, de s'en faire une image, une histoire. L'abandon de la mère pouvant consister, par exemple, en une simple course en ville. C'est donc bien plus qu'une absence ponctuelle qui tenterait de s'exprimer là. Arrêtez-moi si je me trompe. Trop tard, j'ai fini.)

 

 

 

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 20:25

Récidive

 

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Mais qui est-ce?

 

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Plus près, ce serait mieux...

 

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Oh mais c'est moi!


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Mais oui! c'est moi! c'est moi! ... Ô indicible joie!

 

 

   Vous vous dites probablement, et à bon droit, que je suis en train de craquer un câble. Depluloin s'aime, c'est nouveau et surtout ça n'est pas normal, ça ne lui ressemble guère. 

   En réalité, je n'ai qu'une idée en tête, celle de virer ces ecclésiastiques qui commencent à me soulever le cœur. Et une façon de vous annoncer cette bonne nouvelle qui va certainement vous bouleverser : par un tour de force informatique dont je ne me serais jamais cru capable, je viens de récupérer quelques-unes de mes photos que je croyais perdues à jamais.

  A l'époque, prendre des photos de l'album de famille épinglées à des murs était surtout l'effet d'une météo déplorable et d'un désoeuvrement propre à la campagne. Ces albums ayant disparu lors du partage des biens de mes parents, cette découverte va me permettre de raconter ma vie heureuse, celle de la période dite "algérienne". Quelle prétention dans cette façon de parler de "période algérienne", à croire que je me prends pour une œuvre d'art. Ça aussi, c'est nouveau.


 

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 15:48

(sans titre)

 

"C'est très vrai que vos photos sont délicieuses. Je les vois très bien en descentes de lit ou en tapisseries; on ne se lasserait pas de les avoir sous les pieds, sous les yeux."

Jean Paulhan

 

 

 

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(Ce portrait au moins conserve quelque valeur à mes yeux. En souvenir de cet homme qui a tenu à prendre la pose sans rien attendre que d'abandonner son visage au hasard.)

 

 

Ces photos ont ceci en commun que je le croyais envolées avec mon ancien ordinateur. Après avoir perdu beaucoup de temps à les scanner, je m'aperçois qu'elles ne me disent rien. Pas plus en tout cas que ce que disait Jean Paulhan au sujet de la photo...

  

 

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 18:13

dans un mois, dans un an...

 

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     Ce matin, on sonne trois fois à ma porte. C'est le facteur - qui a dû voir le film donc. Je ne reçois jamais personne le samedi matin, surtout pas le facteur qui est prié de me remettre les recommandés du lundi au vendredi sauf les jours fériés. C'est pourtant écrit en gros sur ma porte, une belle affichette, richement décorée, que j'ai faite imprimer tout exprès.

    Cette fois, c'est pour le calendrier. Je ne m'y attendais pas, je ne vois pas le temps passer. Mais le soulagement est tel que je lui prend le premier qui me plaît. (J'ai assez de chalets suisses sous la neige, de chats, de chiens, d'oiseaux, de poissons jaunes, et autres pour décorer ma cuisine et le long couloir qui y mène!)

    Monsieur le facteur me souhaite bonne année bien que ça porte malheur, je lui réponds donc du tac au tac tout pareil en rajoutant "et surtout la santé!". (Depuis peu j'ai décidé de ne plus me laisser faire.)

   Une fois seul je regarde mon bel almanach: je suis plutôt fier de mon choix. Mais soudain je dois m'asseoir... vertiges, envie de vomir : tous ces mois, toutes ces semaines... Tout ceci me semble relever de la science-fiction, d'un avenir très lointain qu'on a peine à imaginer. 

   Donc, je l'ai rangé ce calendrier 2011, je le ressortirai dans dix ans lorsqu'il aura perdu un peu de sa nocivité. Et comme chaque année à la même époque, je pars à la recherche d'un calendrier correspondant à une période faste. J'en découvre enfin un dans les toilettes. Pas question de vous donner l'année, un numéro à quatre chiffres je ne vous en dirai pas plus...

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 19:19

Mon secret

 

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     Mon secret : une solide documentation. Sans quoi bien-sûr, l'on nage dans l'à-peu-près. (En réalité, surprenant tout à l'heure une conversation entre deux étudiants, dont l'un au moins manquait cruellement d'une "certaine" culture générale, j'ai jugé bon de ressortir mon livre d'Histoire (classe de 10° à l'époque), me disant que ça pouvait être utile. 

(Tout ceci est bien prétentieux de ma part, ayant parfaitement conscience que ces deux étudiants auraient très bien pu me "coller" sur une autre date que ce 11 novembre 1918. Par sur 1515 peut-être, mais pas loin!)


     Mon grand-père ne parlait jamais de sa « grande » guerre, ou très peu. J’avais seulement compris qu’il était dans les transmissions. Plongé moi-même dans une autre guerre - qui ne disait pas encore son nom – dans laquelle, pour l’enfant que j’étais, parachutistes et légionnaires se couvraient de gloire, ces "transmissions", je l’avoue avec honte aujourd'hui, me décevaient beaucoup. Ça manquait singulièrement de panache ces téléphones que j’imaginais aussi peu féroces que ceux des P.T.T. D’autant que d’autres ne se privaient pas de raconter leur grande guerre à eux, beaucoup plus palpitante toujours.

    Plus tard, il fut un peu plus bavard - c’est à dire encore très peu. Les transmissions interrompues après chaque bombardement. Ces lignes qu’il fallait réparer coûte que coûte,  ces fils qu’il fallait raccorder, un à un, dans la boue et le sang, sous le feu souvent. Il s’en était sorti sans même une égratignure.

    Plus tard encore j’ai enfin compris. Son plus jeune fils, officier parachutiste, tué dans les Vosges en 44 par un sniper allemand, d’une balle en pleine tête. Un père ne parle pas d’une guerre, aussi dure qu’elle ait été, quand un fils n’est pas revenu d’une autre.

    Je n’ai plus posé de questions. Affaire entendue.

 

 

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 17:34

Ascenseur pour le caveau

 

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     Parents, enfants, nous étions tous ravis – tous ensemble pour une fois. Nous venions de visiter ce qui allait devenir notre nouvel appartement parisien, beaucoup plus vaste que le précédent, une chambre pour chacun ou presque, un bureau pour mon père, ma mère aux anges en découvrant les "salles de réception", les innombrables placards, rangements, la cuisine avec office et, comble du luxe, une petite buanderie. Une autre époque. (L’ancienne locataire, âgée mais encore bien vive, héritière ou veuve d’un très célèbre décorateur, avait bien repéré le regard gourmand et humide de ma mère devant les deux dressings somptueusement aménagés - de petits tiroirs vitrés pour chaque chemise dont on pouvait donc voir de laquelle il s’agissait, la bleue, la blanche, la rayée -, et a donc très vraisemblablement augmenté d’autant la "reprise" qu’elle réclamait à mon père.)

    La visite terminée, l’affaire conclue, nous nous entassons tous dans l’ascenseur, dont le mécanisme hydraulique ne m’avait pas échappé (ce drôle de carrosse monté sur un énorme vérin) puisqu’il n’avait fallu compter pas moins de trois voyages pour faire grimper toute la famille jusqu’au quatrième étage, et encore à une allure d’escargot (on pouvait même lire sur les lèvres des uns et des autres comme des ébauches de prières, actes de contrition, psaumes 112,113,114,115, et suivants... « Si je traverse la vallée de la mort je ne crains aucun mal! hu ! hu »  - que d’anachronismes ici, preuve si besoin était que l’écriture révèle mieux que la parole la profondeur inattendue d’un traumatisme), mais il faut croire que la joie nous avait fait oublier à tous cette interminable ascension vers la terre promise.

    Cette dernière phrase est bien longue, que faire?

    Entassés dans cette cabine, un véritable meuble dans le style Louis XV avec vitres biseautées, ma mère tout de même s’inquiète : « Nous allons tous tenir ici? ». La porte métallique se referme avec un claquement sec. Nous (qui ?) remarquons seulement, c’est à dire trop tard, cette inscription en rouge sur une plaque émaillée : DESCENTE INTERDITE. Ne vous inquiétez pas! je l’emprunte chaque jour depuis des années pour descendre! Et voyez je suis toujours là ! nous lance alors la petite vieille hilare, oubliant, la coquette, qu’elle doit peser dans les trente kilos guère plus. Et d’enfoncer gaiement le bouton "rez-de-chaussée"

    Dans un premier temps, rien. Un certain soulagement de mon côté : nous allons tous pouvoir sortir de là et y voir plus clair.

    Dans un deuxième temps, la cabine fait une brusque embardée et descend d’un seul coup d’une dizaine de centimètres. Trop tard pour sortir de ce piège, la porte est maintenant bloquée et ce ne serait de toute façon pas une très bonne idée car:

    Dans un troisième temps… difficile à décrire… une chute libre sans l’être tout à fait. Nous voyons cependant défiler les marches du vaste escalier en pierre tout autour, les étages, à une vitesse qui ne laisse aucun doute quant à l’issue de notre visite en terre promise. Et curieusement, pas un cri, rien : un silence absolu dans ce qui sera bientôt, nous en sommes tous persuadés, qu’une épouvantable carcasse écrasée au fin fond d’une cave, car le sol du rez-de-chaussée ne résistera pas c’est évident.

    Dans un quatrième temps, l’arrivée. Quelques trente centimètres avant le crash, l’ascenseur a comme une soudaine prise de conscience : tel un mulet, il s’arrête net, faisant faire un bon en l’air à tous ses passagers. Puis, très doucement, telle une plume, achève sa course dans un confort remarquable. Personne, sauf moi, ne songe en sortant de là à péter la gueule à la vieille, le bail n’est pas encore signé.

    Le résultat fut que peu d’entre nous n’empruntâmes plus jamais cet ascenseur. Quatre étages à pied, c’est excellent pour la santé.

  

 

 

 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 17:06

Sans complexe    

 

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    Et voilà ! Merci ! Un de plus ! un de plus dont je me serais passé! Alors même que je croyais en avoir fini avec ma collection, complète me semblait-il. 

    Un complexe de plus et pas des moindres.

    Je m’explique : à lire de très beaux poèmes d’amour ici ou là, je me suis rendu compte, un peu tard, que je ne parlais jamais d’amour ici et, par voie de conséquence, que je n’étais pas amoureux, que je ne l’avais jamais été peut-être ou sans bien m’en rendre compte, que toutes ces affaires de cœur m’avaient toujours été pour ainsi dire interdites, inaccessibles ou étrangères au choix.

   C’est pas Dieu possible! (version soft) me suis-je donc dit l’autre jour par devers mes personnes réunies en urgence pour l’occasion. (Notez au passage que Dieu réapparaît toujours dans les moments les plus tordants de la vie, jamais pendant les plus joyeux comme un apéro entre amis par exemple mais c’est sans doute mieux ainsi.)

    Je venais de lire à la suite quelques très beaux textes ou poèmes chantant l’amour et les chagrins afférents, la perte, l'absence. J’en étais ému, je comprenais ces affaires mais, sale impression soudain, comme par ouï-dire, ou pire comme une esthétique des sentiments, une beauté de l’âme humaine, bref j’ose le dire : comme une observation anthropologique, une expérience de laboratoire…

    Idée effrayante, insupportable, même pour un simple comme moi. Je me suis donc pensé, nous nous sommes donc pensés, mon staff et moi : cette faculté de chanter bellement ses amours, ses amours contrariés de préférences, ne serait-ce pas là le privilège exclusif des femmes ? Les hommes répugnant à confesser publiquement leurs petits chagrins d’enfant abandonné, ça n’est pas viril, ça ne fait pas le type qui surmonte les aléas. Mais en fouillant un peu par ci par là, en réalité si, les hommes parlent d’amour, d’une façon tout aussi sensible que les femmes, mais avec la retenue et la dignité qui sied aux sexe noble. Non fort. Non, opposé à l’autre.

   Ceci posé, tout bien pesé, oui j’ai été amoureux. C’est possible. Pas seulement possible mais à peu près inévitable. Mais où quand comment ? Voilà la question. (Une fois encore, l’absence de notes ou d’un journal tenu correctement des foirades de la vie s’avère catastrophique.)

   Il me faut un plan, un simple. Pour l’instant je ne vois que l’ordre chronologique - croissant de préférence, le décroissant risquant de me plonger dans la dépression où je suis déjà.

   Donc : petit un : premier amour, petit deux : deuxième amour, petit trois : troisième…. etc.  Ça semble tenir la route. Oui, s’en tenir à ce plan et n’en plus démordre.

Premier amour : Rien.

Deuxième amour : Néant.

Troisième amour : Ne me prononce pas.

Quatrième amour : Ça devient intéressant, je crois. Voyons… Nous voici rendus en mille neuf cents… soixante… quinze?  Et voilà les ennuis commence!

 

   Courage, s’en tenir au plan.

 

PREMIER AMOUR :

     La table des matières ci-dessus indique « rien » et c’est juste puisque, en réalité, il ne s’agissait que de mon premier tête-à-tête avec une jeune fille. J’avais huit ans, elle était plus jeune que moi, c’était donc un petite fille. Nous étions assis au beau milieu de la cour intérieure de la villa, un endroit très fréquenté, pour ainsi dire une place publique. Je n’ai aucun souvenir du sujet de notre conversation, si conversation il y avait. Ce dont je me souviens très bien en revanche, c’est qu’à un moment "M" la gamine a plongé sa main dans sa culotte et l’a ressorti pour me mettre l’un de ses doigts sous le nez. Ce que sentait ce doigt n’avait rien de féminin, ou plutôt son odeur avait quelque chose de très approchant avec ce que hommes et femmes ont en commun dans une culotte. (Est-ce clair ? Me suis-je fait comprendre ?) Bref, même si je ne me souviens plus très bien de la suite, le fait est que j’ai dû rompre avec mon premier amour, sur le champ encore, car notre relation en est restée là. Dommage parce qu’il me semble qu’elle était mignonnette et que les petites filles de bonne famille ne couraient pas les rues de par chez nous.


DEUXIEME AMOUR :

   Quelques années plus tard, en métropole cette fois. J’avais douze ou treize ans, c’était les vacances, invité dans un magnifique château du Bordelais. Elle est belle, charmante au possible, gracieuse, rieuse, adorable. Je tombe amoureux, là ça y est c’est officiel, y a pas. Cependant nous ne sommes pas seuls, il y a là une ribambelle d’enfants qui demandent s’occuper. Un jour de pluie, nous jouons à cache-cache dans les immenses et sombres couloirs. Elle se tient juste derrière moi, à me toucher. Je dois pouvoir la sentir, la respirer. Malgré tout, bête à manger du foin, je me crois obligé de jouer, il y a du monde autour, et soudain nous sommes « vus! là bas derrière le..." Champion de cache-cache surentraîné, je fais volte-face, si brusquement que ma tête vient heurter le front de ma belle aux réflexes moins vifs (amoureuse sûrement, la tête ailleurs). J’ai encore en mémoire le son de cloche de nos deux crânes  si brièvement unis. Je la regarde, elle, ma belle princesse, à moitié assommée par mes soins princiers. Je me confonds, me précipite, me... « C’est rien, c’est rien, m’assure-t-elle (en riant je crois mais douloureusement c’est certain). Hélas, ma mémoire ne peut m'en souffler plus. Me suis-je jeté par la fenêtre comme il eût été convenable? Me suis-je précipitamment enfui et à jamais de ce château maudit, tombeau de mon premier amour?

 

 

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"On ne m'ôtera pas de l'idée que les enfants sont des petits vicieux!" (Freud, revu & corrigé par Depluloin)

 

(Ici, j'allais inscrire ici : à suivre. Mais le doute s'installe quant à l'urgence de poursuivre dans cette voie...)

 

 

 

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 16:18

 

De la coucournasse

 

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(Ma coucourne personnelle dont je voulais me faire un chapeau dans le temps mais dont je vais faire une trompette ou un corne de brume - après réflexion)

 

       Une mienne parente, tout à la fois proche et lointaine, au compteur (kilométrique) heureusement, a découvert sur le tard le potager du Moyen-âge. Sur le tard, c’est le moins que l'on puisse dire puisque les spécialistes pourraient aisément estimer ce retard à quelques dizaines de siècles – environ.

      Ça n’empêche pas la parente d’être très fière de ses fruits & légumes au point qu’elle ne rate pas une occasion, lors de ses passages dans la capitale, de me laisser un joli panier débordant de ses produits.

     Esthétiquement, c’est superbe. Rien à dire. Des formes étranges, curieuses, des couleurs si vives qu'on les croirait artificielles. On en mangerait ou presque. (Parce que en y regardant de plus près on se demande si ces légumes ne sont pas atteints d'une sorte de peste bubonique propre à leur espèce ou due à leur âge canonique. Ou encore si on ne serait pas plutôt en présence d’organes humains gravement avariés, récoltés dans les poubelles d’un hôpital.) Mais si beaux il est vrai pour la plupart qu’on se dit qu’ils seraient parfaits une fois montés en lampe, transformés en cendrier, bougeoir ou gargoulette, guitare, banjo, tambourin, selon les besoins ou les goûts de chacun.

     D’un point vu culinaire, ou simplement nutritionnel, c’est une autre affaire. Une affaire grave d’ailleurs. Gros à parier que cette mienne parente doit faire ses courses au Supermachin comme tout me monde, du moins je l’espère pour elle. Par exemple, si vous êtes du genre à grignoter le soir (petite soupe, jus de carottes, salade fraîche, fruits à croquer sur-le-champ), oubliez de suite les fruits & légumes du Moyen-âge. (Oui, le fruit aussi car il faut le cuire, et pas cinq petites minutes seulement.)

    Mais si vous y tenez vraiment, c’est bien volontiers que je vous donne ici la recette de la Coucournasse simple (Coucournae simplex de putana di mierda de maquaréou dé nan de diou en latin de cuisine du VII° siècle après J.-C.)

Pour quatre personnes donc :

-       Prévoir douze à seize tonnes de coucournasses. (Soit, pour ceux à qui les tonnes de coucournasses ne parlent pas, trois ou quatre hectares de ces foutues bestiasses. Pour la récolte, prévoir tracteur avec remorque, chariot élévateur, etc.)

-       Vérifier que votre tronçonneuse fonctionne correctement. (Pas de taille-haie ni de scie sauteuse, j’ai essayé, ça ne marche pas.)

-       Important : avant d’envisager la moindre cuisson, vérifiez auparavant votre réserve de bois, charbon, gaz, etc.

-       La cuisson justement : pour quatre personnes prévoir quatre à six jours ouvrables.

-       Dans tous les cas, restez prudents : ne manipulez vos gamelles sans vous protéger auparavant : tablier, masque, manique (en vente ici tiens, je savais que j’arriverais à la caser un jour.)

-       Si vous avez franchi avec succès toutes ces étapes, c’est que… c’est que j’ai probablement tort et qu’il existe des gens persévérants qui goûtent la cuisine du Moyen-Âge.

      Ici, en toute logique, et pour la bonne tenue de ce blog, je devrais en principe enchaîner sur le fond ethnologique, historique, et sociologique du sujet que je souhaitais évoquer longuement dans ce billet. Sur l’éducation du goût dans les écoles par exemple (qui permettent à de grands chefs de faire le tour des cantines pour enseigner aux pauvres le goût de la truffe et du foie gras et de passer au "journal" de treize heures par la même occasion), ou encore, pour rester dans la même veine, sur la perte du goût chez nos contemporains (quel malheur! on ne sait plus ce qu'est un bon poulet, une "vraie" truite, du "vrai" pain, etc...)

 

    Je préfère de loin vous laisser en compagnie de Stéphanie NAVA, admirer cette magnifique installation, exposée pour la première fois je crois en 2008 à La Ferme du Buisson (et qui doit avoir fait le tour de monde maintenant.)


CONSIDERING A PLOT (DIG FOR VICTORY) 

 

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