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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 18:13

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Sylvain Hitau. Le saut. 2004

  

 

  Sans cette superbe photo que vient de m’envoyer mon ami Sylvain, grand reporter de son état, il est certain que l’idée de parler ici de l’Afrique ne m’aurait jamais traversé l’esprit.

  Ce continent a toujours provoqué chez les occidentaux qui y ont séjourné un certain temps, bien plus que pour de simples vacances, deux réactions passionnées : soit un amour fou, inconditionnel, soit un rejet massif et parfois haineux.

  Les premiers s’estiment en droit de désespérer parfois de l’Afrique. Ce serait, je dois l’avouer, assez mon cas. L’opinion des seconds est sans intérêt puisqu’elle peut aller d’une véritable indifférence à un cynisme rancunier, comme si ces derniers ne se pardonnaient pas, au fond, d’être passés à côté d’un grand amour. Trop exigeant sans doute, cet amour, pour leur petit cœur.

  (Car l’Afrique exige beaucoup, et même au-delà. Elle est surhumaine, au bon sens du terme. Ou encore trop humaine, pour un monde qui ne l’est plus ou plus de cette même façon.)

  Dans les deux cas, il y a toujours chez ces occidentaux la tentation du « On vous l’avait bien dit. » Et c’est en effet souvent le cas : On vous l’avez bien dit.

  Depuis cinquante ou soixante ans, beaucoup de ces voix ont tenté de se faire entendre. Mais les idéologies - démocratiques, socialistes, communistes -, refusent la plupart du temps de prendre en compte une réalité qui pourrait remettre en cause leurs grands principes. Sans parler bien évidemment des marchands. Prôner par exemple le retour aux innombrables monarchies africaines ne serait pas correct – mais sans doute pas si irréaliste que cela.

  La chance de l’Afrique, et aussi peut-être ce qui fera encore longtemps son malheur, est de n’avoir jamais été envahie mais colonisée. Au contraire des deux continents américains, le nord et le sud, les « indigènes » africains n’ont pas été massacrés, anéantis, les quelques survivants parqués dans des réserves-mouroirs. L'Afrique autrement dit a toujours sa chance.

  L’Afrique est là, vivante, bien vivante, et l’on se demande encore et plus que jamais comment la « gérer ».  

  Aujourd’hui Laurent Gbagbo est tombé. On s’en réjouit certes, mais pour combien de temps ? Son ethnie n’est pas près d'oublier l’humiliation de voir leur chef exhibé en petite tenue devant les caméras. Il ne faut pas y compter. Quant à certaines milices pro-Ouattara, elles auraient commis des « atrocités », dixit le Monde, traduisez : exécutions sommaires, viols, pillages…

  Le désespoir ne mène à rien. Rien qui ressemble à l’esquisse d’un début de solution. Mais l’espoir, lui, exige tellement de vies! Or nous n’en avons qu’une, nous les blancs. Seule l’Afrique, depuis la nuit des temps, en possède à elle seule plusieurs milliers. Elle vivra donc, un jour, bien en paix, tandis que nous serons peut-être bien morts.

 

(Demain : petites fleurs & boutons d'or...)

 

 

 

 

 

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 12:15

Et le mousta chut.

 

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La pochette du 45 tours (vinyle s'il vous plaît.) 

 

  Mon bagage n'était pourtant pas bien important mais il aura suffi que je déménage ici pour retrouver de ces vieilleries que l'on croit perdues depuis longtemps. Voici donc à quoi ressemblait l'affiche du film, que Jean Rochefort et moi-même avions tenté en vain de faire modifier. Pour ma part, à l'époque, c'est à peine si j'osais sortir dans la rue de peur d'être montré du doigt.

 

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  J'aurais dû me méfier lorsque j'ai surpris la productrice demander discrètement au photographe de plateau, l'excellent François Darras, de prendre cette photo. Bref. Si une affiche ne décide pas à elle seule du sort d'un film, elle est tout de même censée en annoncer la "couleur". 

 

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 Celle-ci, par exemple, aurait pu tout aussi bien sinon bien mieux inspirer l'affichiste.

 

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Jean Rochefort, scénario en main

 

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 Jean-Louis Trintignant que l'on distingue à droite de l'assistant opérateur (l'homme au ruban), Jean-Yves Le Poulain.


img462A l'extrême gauche, lisant un papier, le très regretté Paul Claudon, dit "Paulo", producteur mythique (Pierre Etaix, Bertrand Blier, Dominique Chaussois ...)

 

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 Le grand Claude Agostini, directeur de la photographie, un peu fatigué déjà le pauvre (au fond), Noël Véry, cadreur et farceur, et le réalisateur (au premier plan.)


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 Noël Véry dissipant ses petits camarades. Notez la "tête manivelle" de la caméra (qu'il tient en main), censée dissuader, par son maniement délicat, le réalisateur de modifier son cadre. Pas de chance pour lui, ce n'est pas à un gars du 13ème que l'on apprend à tirer au canon ou à la mitrailleuse lourde et donc à manier la manivelle. 

 

   Des fous rires, il y en eu beaucoup. Trop peut-être. L'un d'entre eux mériterait de figurer dans les annales. En fin de journée, alors que la lumière tombait dangereusement, un comédien sema la panique au sein de l'équipe qui s'éclaircit peu à peu au fil des prises ratées incapable de se retenir de rire. Sans doute peu sûr de lui, le malheureux avait probablement trouvé judicieux de se doper à l'aide de je ne sais quelle drogue avec pour seul résultat, tout à fait inattendu, d'imiter, sans bien s'en rendre compte lui-même, Johnny Halliday. C'est finalement à un cascadeur que je demandais in extremis de reprendre le rôle, ce qu'il fit avec talent, et la première prise fut la bonne.

 

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Et voilà, je m'étais pourtant juré de ne jamais évoquer ce film ici. C'est fait, n'en parlons plus. Demain, photos de petites fleurs et hop! 

 

 

 

 


 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 16:06

Engagez-vous!! (Les femmes aussi, mince!)

 

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  Chaque fois que notre pays participe à une opération militaire, cette fois en Libye, j'ai toujours une pensée pour mes petits frères du 13ème RDP. Ce régiment est aujourd'hui assez connu du grand public et il ne faut pas être grand sorcier pour supposer que ces hommes sont en ce moment-même sur le terrain, particulièrement exposés s'ils étaient capturés, puisque, outre leur mission de renseignement, ils sont aussi chargés de guider les bombardements au sol.

  D'eux dépendent pour une large part la désignation et la précision des frappes aériennes, épargnant ainsi bien des vies civiles, notamment lorsque des gouvernements terroristes n'hésitent pas à provoquer par des leurres aussi cyniques que vicieux des dommages collatéraux à seule fin de propagande et de guerre médiatique (les talibans étant les "champions" dans ce domaine).

  De mon temps, celui de la guerre froide, les missions étaient à peu près les mêmes, à cette différence près que l'on parlait alors de "l'artillerie atomique", des bombes nucléaires tactiques destinées à anéantir les concentrations de troupes du bloc soviétique. Théoriquement, l'équipe chargée de la mission, soit cinq à six hommes, devait pouvoir quitter le champ de bataille avec la même discrétion qu'à son arrivée. Théoriquement, car une bombe nucléaire, même tactique, n'était tout de même pas un petit pétard de rien du tout. Mais pas un homme n'y pensait, jamais.

 

 

* Les "bossus", c'est ainsi qu'étaient surnommés les membres des équipes de recherche et de renseignement qui se déplaçaient à dos de chameau dans les parties désertiques d'Afrique. 


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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 17:20

MARS 2028

 

  

  Tout porte à croire que je suis bien arrivé.

  Tout porte à croire mais je n’y crois pas. (J’ai un doute quant à l’endroit. C’est de naissance ce très peu de foi en un endroit possible.) D’autant que j’ai la réputation d’être intransportable. A preuve ce camion, réquisitionné tout exprès en vue de mon évacuation, largement surdimensionné l’engin tout de même malgré l’importance de ma personne. Ce n’est pas à un vieux briscard comme moi qu’on peut faire gober n’importe quoi. Certes le décor a changé, considérablement, mais ça ne veut rien dire, il peut s’agir d’une ruse. Les arbres, les fleurs, le ciel bleu, le chant des oiseaux, parfaitement imité il est vrai, tout y est mais pas suffisamment pour je tombe dans le panneau.

  (Et chaque fois cette même comédie, ce rite immuable qui plaît diversement à mes hôtes : dès mon arrivée, la nécessité de tracer à la craie sur le sol un certain rectangle (2m/3m) que je déclare solennellement être mon endroit. Je ne suis pas toujours pris au sérieux et les violations sont monnaie courante.)

  L’accueil fut très chaleureux. Le contraire m’eut étonné et contrarié. A mon arrivée, trompettée de partout, de jeunes filles vêtues de peu jetaient des pétales de roses sur mon passage. Je fus couvert d’humbles présents, l’on avait tué la vache maigre, percé les barriques, et le festin dura jusqu’à ce que je me retire pour la nuit avec les quelques vierges qui m’avaient été offertes. (A ce jour, elles le sont toujours,vierges, j’ai perdu la main si je puis dire en cours de route, ça c’est ennuyeux.)

  Les quelques indigènes que j’ai pu apercevoir ici ou là en visitant mes terres m’ont paru à peu près aimables mais pas suffisamment à mon goût. Certains ne se sont pas même découverts sur mon passage. Je compte les rassembler sur la place du village pour leur faire la leçon. Sans doute ont-ils été laissés trop longtemps à l’abandon, sans Maître digne de ce nom (et de cette charge), oublieux de la crainte que nous devons leur inspirer, Moi-même et Dieu. Comment leur en vouloir donc.

  Mais bien plus que leurs manières rugueuses, c’est l’oubli dans lequel ils sont des us & coutumes de leurs ancêtres. Verser l’impôt à leur seigneur par exemple.

 

P.S. : Tout porte à croire que ce billet est foireux, entre l'oxygène et le ciel bleu on ne sait plus. L'on est quelque peu... L'on en perd son latin et le peu de français que l'on pensait acquis, comme quoi. 

 

 


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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 10:05

 

Depluloin part à l'aventure

 

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  Ceux qui m'aiment prendront leur voiture. (Ou le train ou tout autre moyen.) Pour les enfants... oui, les enfants seront tolérés. Si, oui, oui. Un peu. 

  Donc, me voici sur le départ. Un aventurier comme moi ne peut rester plus de cinq minutes en place, il lui faut découvrir d'autres horizons, d'autres civilisations, d'autres peuplades. Affronter l'inaffrontable. Se mesurer à l'infini. Sans oublier la sieste, qui reste la plus belle invention, de suite après la cigarette. Se mesurer - déjà dit. C'est terrible, c'est un destin.

  Que mes fidèles visiteurs & trices ne s'étonnent donc pas d'un silence de quelques jours. Le temps de rétablir les connexions, de me rétablir moi-même (décalage horaire, choc émotionnel, dépression nerveuse, etc.), et je serai de nouveau ici à raconter mes bêtises. Et à lire les vôtres. Euh, non ça ne va pas ça. A vous lire.

  Au cas où je viendrais à - les indigènes sont imprévisibles et capricieux - , je lègue mon corps à... Non, j'déconne!

 

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 19:04

... et des nouvelles de Mademoiselle Thaddée.


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  Mademoiselle Thaddée, vous vous souvenez? Mais si, vous vous souvenez! Cette fois, cette belle enfant surdouée s'est essayée à la gravure sur bois pour ce projet d'illustration d'un livre à venir. Et j'aime beaucoup.

  Beaucoup, beaucoup. 

 


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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 18:09

 

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(Le nom ainsi que l'adresse ont été habilement modifiés par mes soins.)

 

   Depuis combien de temps ma boîte à lettres ressemblait-elle à un cimetière sous la Lune, difficile à dire.

  Et voilà que ce matin je reçois des nouvelles d'une amie très chère - et très fidèle. C'est plus fort que moi, l'amitié, et ses manifestations concrètes, me plongent dans des états de béatitude indescriptibles.

  Un jour de grand soleil. 


(Et que la Poste soit grandement remerciée!)

 


 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 18:13

 

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  Cette photo est une énigme, car unique en son genre dans les archives  familiales. Mon père, qui possédait un sens aigu de la justice sociale, s’est en effet toujours gardé de manifester plus d’affection pour l’un plus qu’à un autre de ses enfants. Et il y avait réussi (à maintenir ce fragile équilibre) en en témoignant jamais à quiconque d’entre nous.

  D’où cette énigme : comment a-t-il pu se laisser aller à pauser, aussi complaisamment et avec si peu de naturel, mes deux sœurs aînées sur les genoux? Qu’est-ce qui a pu bien justifier une telle mascarade? (Car, entre nous soit dit, j’ai toujours été son fils préféré et, tant que j’y suis, sa fille préférée, ce afin de lever toute ambiguïté quant à la possibilité qu’il ait eu en sus une fille préférée, une fille de sexe féminin comme, par exemple, l’une de mes deux sœurs. J’espère avoir été clair.)

 Mais voilà, peu d’énigmes résistent à ma sagacité. (Une seule à la vérité  sur laquelle je travaille depuis des années mais que je ne désespère pas de résoudre un jour, et qu’au passage je vous mets au défi de résoudre: « Quel est l’animal qui marche à quatre pattes le matin, sur deux à midi, sur trois le soir ? » Bon courage.)

  Pour en revenir. Visez donc un peu l’agilité de mon esprit affûté :

  A l’époque où cette photo a été prise, je n’étais pas né. Déjà. Une piste sérieuse, à prendre en compte tout au moins, sur le pourquoi du comment de mon absence flagrante sur le genou paternel. Mais c’est surtout la date où elle a été prise qui doit retenir l’attention : à savoir peu de temps avant que mon père ne soit nommé directeur général de ces coopératives  agricoles qui plus tard devaient faire vivre quelques centaines de milliers d’âmes musulmanes.

  (Autrefois on disait d’un village  français qu’il comptait tant d’âmes. Dès qu’on passait à la taille au-dessus il n’y avait plus d’âmes mais des habitants. Sans âme donc, des ventres, des outres?)

  Et lorsqu’on sait à quel point la population musulmane reste attachée aux valeurs familiales, il y a fort à parier que c’est son conseiller en communication - un métier qui n’existait pas encore sauf dans ces deux magnifiques départements d’Algérie qui comptaient déjà plus d’un demi-siècle d’avance sur la métropole - qui a eu l’idée de cette photo ridicule qui ne traduit donc en rien la réalité, à savoir une éventuelle  préférence de mon père pour ses deux filles aînées. Sans vouloir peiner personne.

  Le message une fois passé, mon cher papa n’avait donc plus aucune raison de s'infliger une nouvelle fois ce pensum qui, le connaissant mieux que personne, a dû lui coûter. Ni avec mes deux frères ni avec moi-même - son fils préféré pourtant, je l’ai déjà dit, mais ni lui ni moi ne ressentions le besoin ni même la nécessité de ces preuves dérisoires.)

Je crois avoir fait le tour de la question.

 

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(Au centre, mon papa adoré. A gauche sur la photo, ma sœur Agnès qui regarde béatement - encore aujourd'hui - sa sœur aînée Elisabeth. N'est-ce pas que cela ne présente aucun intérêt?)

 


 

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 14:56

 

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  C’est donc ici, au seuil de ce portail, que tout a commencé. Voilà bien la phrase d’un enfant pour qui le monde est créé en un rien d’instant - bien moins qu’il n'en a fallu à Dieu Lui-même, cette feignasse orientale -, et pour son seul usage. Et, bien que nous serions en droit, on ne lui jettera pas la pierre de suite au gamin, nous attendrons encore un peu ce moment délicieux.

  Un temps où l'on l'a d'attendre. 

 L’enfant grandi, ou s’estimant tel, regarde maintenant cette photo d’un œil attendri et, pour un peu, reconnaissant. Ses parents se marient en 1943 à Sirandan-les-Bains (Hautes-Pyrénées). Lui, Pierre, a vingt-huit ans. Elle, Anne, vingt-quatre. Il lui revient alors, toujours la tendresse, qu’il avait ébauché une sorte de comptine quelques années auparavant :

Pierre ! Pierre ! disait ma mère

Et voilà mon Pierre qui rie

mon père qui roule.

  Classé sans suite.

  Il est tard. L’enfant vieilli regarde la photo, il y reconnaît toujours ses parents mais ne s’y retrouve pas lui-même. Il sait maintenant que, si ses parents l’ont probablement voulu, ils ne l’ont jamais conçu. Pas tel qu’il est ni a été. Parce qu’une telle chose est impossible : l'enfant est heureusement inattendu et l'homme reste une surprise. 

  En 1943 deux inconnus se marient à Siradan-les-Bains (Hautes-Pyrénées). Deux fantômes s’unissent pour mieux disparaître.

  Ainsi soit-il.


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Sur le panneau en bois au-dessus du portail, une inscription : "Honneur aux jeunes mariés". Le mêm au-dessus du porche de l'église. La décoration était assurée par les gens du village. Selon la saison, feuillages verts ou pétales de fleurs faisaient une double allée jusqu'à la mairie et l'église. Cette tradition perdurera jusque dans les années soixante-dix - et peut-être au-delà.

  

 


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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 18:39

 

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Rassenfosse (Aquarelle, vers 1890)

 

   Hier a été comme un lundi. Ce jour m’est en général indifférent parce que guère plus différent justement des autres que je confonds aisément ayant perdu depuis lurette tous mes repères sacrés tel que le dimanche par exemple, avec sa messe obligatoire, ses repas en famille, ses tentatives de suicides sur les coups de dix-sept heures, et l’école le lendemain.

  Donc hier lundi : petite fatigue.

  Aujourd’hui mardi - oui mardi c’est ça, les repères me reviennent -, j’ai donc décidé de consulter. J’aime bien consulter, ça me sort un peu. La salle d’attente de mon médecin est confortable et offre un choix de revues qui me changent de mes lectures habituelles. Par ailleurs, elle n’est fréquentée que par des jeunes femmes plutôt jolies et en pleine santé. Je dois être l’exception. Apercevoir un véritable malade doit rassurer ces beautés et peut-être même leur rappeler qu’elles sont chez le docteur puisque moi-même à leur place, vu mon corps de rêve, je l’oublierais assez facilement.

  J’ai fini par comprendre le comment du pourquoi en me souvenant après coup que ce généraliste - je ne consulte que des généralistes, le choix est vaste, la surprise n’en est que plus grande alors qu’un spécialiste vous étonne rarement : s’il est cardiologue il vous trouvera un problème au cœur, pneumologue un aux poumons, proctologue un truc quelque part où je pense, et cætera… - était aussi et avant tout diététicien et nutritionniste. D’où sa clientèle exceptionnelle.

  Etrangement, ce bon docteur n’a jamais réussi à me faire perdre cent grammes de quoi que ce soit. Je me souviens qu’il a essayé pourtant lors des premiers rendez-vous. Je repartais de chez lui avec des livres de recettes - si ce mot convient encore pour le cabillaud vapeur aux haricots verts vapeur, ou la carotte au jus de citron, par exemple.

  Cela dit, il ne m’a pas trouvé plus malade que d’habitude. Ce qui veut bien dire ce que ça veut dire : je suis malade et plutôt gravement.

 


 

 

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