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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 17:50

 

 FEVRIER-2012 3693 

 

   A mon beau regard vitreux rivé au plafond, on voit, vous voyez que je ne dors pas. Quoiqu’il m’arrive de dormir ainsi lorsque je n’arrive pas à fermer l’œil, je le garde ouvert. Mais je ne dors pas, je suis tracassé.

   L’huissier je m’en fiche. A part mon canard, mes petites voitures, et d’une manière générale les trésors de mon lit, il pourra bien me saisir tout ce qu’il veut, je ne lèverai pas le petit doigt. Combien ai-je de petits doigts déjà ? Laissez-moi compter. Quatre avec ceux des pieds. C’est énorme. Quoi que lever un petit doigt de pieds je me demande si ça compte. Non, ce qui me soucie le plus c’est mon attitude vis à vis de cette jeune personne. Certes, elle était assez bien agencée pour réveiller un mort mais ce n’est pas une raison puisque je ne suis pas mort, pas encore. Ce brusque éveil de mes sens ne laisse pas de m’étonner. Après toutes ces années à les combattre, les étouffer un à un sous l’oreiller, je les croyais définitivement absents de ma personne. Et je ne parle pas de mes instincts, eux aussi proprement expulsés, notamment ceux de conservation et de survie. Tous ces efforts pour accéder à l’inhumain ou si ce n’est à l’inhumain à quelque chose d’aussi plaisant que l’hébétude du soliveau.

   Toute une vie à faire le mort, sans peine ni chagrin, sans joie excessive non plus, mais dois-je l’avouer avec un certain bonheur tout de même notamment durant les heures creuses. Il doit y avoir une raison à cet écart de conduite. Ce serait peut-être le moment d’ouvrir un de mes livres compliqués où ce cas aurait déjà été évoqué. Mais je ne crois pas. Je crois plutôt que ma belle indifférence aux affaires terrestres a brusquement cédé pour me ramener à des milliers voire des millions d’années en arrière, au rang de la bête humaine bardée de tous ses bas instincts, comme celui de la reproduction par exemple, en voilà un que j’ai dû bêtement oublier, le jugeant inexistant ou par trop improbable chez un champion de ma catégorie. J’aurais donc souhaité me reproduire. Me reproduire, moi, quelle ironie. Voilà que ma viande se met à faire de l’humour sur le tard.

  S.O.S. naufrage raté.

 


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Published by Dominique Chaussois - dans Iris mécanique
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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 13:08

les objets

 

PICT0062

 


    Ces absences, je sais bien d’où elles me viennent. Encore un de mes jeux qui a mal tourné. Certains jours d’ennui, plus ennuyeux que les autres, car je ne crois pas avoir connu un jour sans, j’éteignais toutes les lumières et attendais assis sur mon tabouret pour voir s’il allait se passer quelque chose. Par exemple si certains objets n’allaient pas se mettre à bouger ou à parler. Ma canne, la femme du canard, à l’époque il n’était pas encore veuf, à pondre un œuf. Qui de moi ou de ma  table allait se mettre à tourner ou chanter le premier. Je guettais une lassitude, un ennui, un soupir. Savoir si j’étais plus vivant que toutes ces choses effroyablement mortes.


    A ce petit jeu, jusqu’à présent, j’ai toujours perdu mais patience je n’ai pas dis mon dernier mot. D’ailleurs, à force de les guetter ces objets, j’ai fini par percevoir d’infimes bruissements, à peine audibles, qui finissaient en plaintes ou gémissements, comme des voix d’outre-tombe. Des plaintes d’ennui peut-être. Est-ce que je me plains moi? Oui, un peu, c’est vrai. Un jour, je crois même avoir surpris comme un air de désespoir sur le cadran de mon téléphone, comme une envie de décrocher lui aussi.


    C’est ainsi que j’ai dû me rendre à cette évidence : chez moi les objets s’emmerdent, c’est flagrant. Ils ont tous pris un air triste et poussiéreux. Au début, un peu effrayé tout de même, j’essayais de les distraire, je faisais le pitre ou les changeais de place, chacun son tour à la fenêtre d’où l’on a vue sur rien, je l’ai déjà dit. Je les baignais, les brossais, les foutais même devant la télé, en panne certes, mais télé quand même. Mais rien à faire, je leur fiche un cafard terrible. Ils se sentent seuls et mortels, morts déjà peut-être, ne semblant même plus croire en la résurrection des objets ni des choses, ayant perdu la foi eux aussi. Jusqu’à mes quatre murs à qui j’ai réussi à coller un bourdon colossal : ils jaunissent, s’écaillent, se fendillent par endroits, sans parler de l’humidité qui leur fait verser des larmes de crasse. En fait, ils ne doivent leur survie qu’à leur statut de murs qui leur interdit en principe de mettre fin à leurs jours. Mais pas de s’écrouler c’est vrai.


    Parler, j’ai fait des efforts pourtant. J’ai essayé de parler à un chien, puis à un chat. Le chien, j’en suis à peu près certain, a essayé lui aussi. Ses efforts pour articuler quelque chose étaient patents, rien de très aimable à priori mais qu’importe, m’engueuler avec mon chien à propos d’un rien, d’une broutille, au moins ça aurait fait vieux couple. Le chat non, pas moyen de lui faire desserrer les dents ni les griffes. Ça m’a étonné parce que je vois bien que beaucoup de gens arrivent à tenir des conversations assez cohérentes avec leurs bêtes familières.


    Durant quelques années tout de même, avant qu’elle crève d’ennui elle aussi, j’ai pu parler à ma télé, tout au moins lorsqu’elle daignait m’adresser la parole. Par exemple : En quelle année Napoléon a-t-il remporté la bataille de Waterloo? Je répondais : Je sais pas. Ce n’était pas grand chose certes mais ça permettait de causer un peu.


    Parler, oui, j’ai essayé jusqu’au bout, jusqu’à ce jour où je me suis aperçu qu’aucun n’en démordait, n’en démordrait jamais, chacun encore et toujours à sa place, moi à la mienne, le canard à la sienne. La lampe, la table de nuit, le lit, pas un qui se serait dit: Tiens je serais peut-être plus à l’aise là-bas dans l’autre coin. Pas un qui aurait fait le premier pas. Il est vrai que je ne l’ai pas fait non plus ce premier pas, j’ai besoin qu’on me donne l’exemple. Si seulement mon canard avait fait coin-coin, j’aurais sûrement fait cui-cui! ou pouet-pouet! Et les autres, chacun dans son genre, auraient suivis. Le téléphone aurait sonné, les aiguilles se seraient mises à tourner. Y aurait eu de la vie. Une vraie fête.


    Et le silence toujours à sa place. Partout chez lui celui-là chez moi. Tiens, j’arrête de vivre cinq minutes, ça me calmera.

   

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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 19:00
Sans les mains


IMG 0296 ok bis copie(Copyright Dominique Chaussois)

          

         Pourtant ces gens semblaient tout ce qu’il a de plus compétents. D’ailleurs ils n’auraient sûrement pas dépensé une telle énergie, tout d’abord pour me trouver, ça faut déjà le faire, puis me convaincre, enfin pour mettre en place tout ce matériel, ces caméras qu’ils ont disposées un peu partout dans mon appartement et qui ressemblent à de gros yeux de poissons, de quoi se croire dans un aquarium car l’oeil est vif donc le poisson frais.

         Peut-être qu’à force de lire comme moi les journaux à l’envers connaissent-ils eux aussi l’avenir? Peut-être savent-ils qu’aujourd’hui ou dans les jours qui viennent il va se passer quelque chose chez moi. Quelque chose mais quoi? Pour ma part je ne vois pas. Mises à part ces petites catastrophes que je redoute quotidiennement comme l’explosion de mon chauffe-eau ou l’implosion de mon poste de télévision, l’écroulement inopiné de toutes ces absences au-dessus de ma tête, mon effondrement dans les caves, autres absences à prendre en compte les caves - à vivre ainsi entre des multitudes de vides et de creux on prend des risques c’est sûr -, ou encore mon propre auto-massacre qui viendra bien un jour c’est certain car il m’arrive, lorsque je manipule un couteau de cuisine par exemple, de vouloir tout soudain me le planter dans le ventre, comme ça, sans autre raison valable que la curiosité ou la haine profonde que je m’auto-porte.

         Ce qui m’en préserve pour l’instant, c’est la peur. Car fort heureusement, je me terrorise, je n’ose vous dire à quel point, on n’imagine pas. Je me crains, me redoute par-dessus tout, au point que je m’évite comme la peste, tout au moins que j’évite autant que faire se peut de me retrouver seul en ma propre présence, et ce malgré la solitude totale où je me trouve. Et de fait, cette prudence, cette distance dans laquelle je me tiens vis à vis de ma personne physique et morale, c’est sans aucun doute à elle que je dois d’être encore en vie. Mais ça ne durera pas, je me rapproche je le sens. Un jour, si ça se trouve, je vais me coïncider et ce sera l’assassinat pur et simple, le massacre annoncé.

         Je me demande si en plus de ces caméras, ils n’auraient pas disposé des micros auquel cas il s’agirait d’un film parlant.

         Parlant de quoi?

         (Ou seulement quelques bruits? Des bruitages en guise de musique d’ambiance? La goutte d’eau dans le lavabo, le soupir de la chasse d’eau qui fuit, des pets quand je pète, des rots quand je rote, le silence quand tout s’arrête ensemble?)

         Pourtant si ce n’était pour moi, que feraient tous ces yeux au-dessus de ma tête? Ils ne sont tout de même pas ici pour mon canard. Non, non, si spectacle il y a, il repose sur moi. C’est moi le clou c’est évident. Tiens, ça me fait penser que je n’ai peut-être pas mis de pyjama. Si ça se trouve je suis en slip. Oh misère.

         Après tout, peut-être suis-je trop modeste? A défaut d’une vedette gominée, ont-ils préféré un homme, un vrai, presque vrai, sorti depuis longtemps de l’ordinaire, tendant même ces derniers jours vers l’extraordinaire?

         Peut-être l’image, la disproportion entre ce qui me sert de couche et ma personne, vous intrigue à force. Vous vous attendez peut-être à un monstre, une sorte de chose immonde qui va soudain émerger de sous la couverture, du couvre-lit, de la robe de chambre, des chandails, des pansements, de la serpillière, toutes ces pelures qui ne sont pas simple désordre comme on pourrait le croire mais servent à me tenir chaud l’hiver. Tenez, notez ceci: nous sommes donc en hiver si l’on en croit le désordre, si l’on en croit le visuel, si vous en croyez vos yeux. Moi je n’y crois pas à vos yeux, je ne suis pas dedans comme on dit, ni aux miens d’ailleurs où je ne suis pas dedans non plus, ni à aucun autres. Je ne crois pas qu’on puisse voir. Si l’on voyait de ses yeux vus, l’on mourrait. J’ai dû lire ça dans l’un de mes livres compliqués.

         Impossible de me souvenir. Si c’est le slip bleu nuit à rayures ça ira à peu près, il parvient encore, à condition de le tenir à deux mains, à contenir le contenant mais c’est tout juste. Si c’est le rouge à motifs vous éloignerez les enfants.

 

(Sans les mains: c'est à dire sans me relire.)

 

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 18:10


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Vous remarquerez qu’aucune chaise n’est attribuée à cette table, j’utilise le tabouret de la cuisine qui est aussi le tabouret de la salle bain. Ce tabouret me fait bien de l’usage finalement car je m’en sers aussi d’échelle pour laver mes carreaux. Un bien bel achat. En fait, je l’ai trouvé dans la rue.

         Voilà pour le visuel comme on dit. Je ne vais pas perdre mon temps à décrire ce que par ailleurs vous voyez mieux que moi. Je vais plutôt parler de ce que vous ne voyez pas. Par exemple, on ne voit pas, vous ne voyez pas, que je pense. J’ai l’air de dormir comme ça, c’est un air que je me donne volontiers la nuit quand je n’arrive pas à fermer l’œil, mais en fait pas du tout : je pense pour de bon. Et ça ne se voit pas, vous ne pouvez pas le deviner. Comment pourriez-vous d’ailleurs, difficile de savoir lorsqu’un crâne d’œuf barré d’une mèche qui vient opportunément masquer un regard abruti se met à penser pour de vrai. Moi-même ne m’en rends pas toujours compte, ma vie ne se confondant que très épisodiquement avec mon activité cérébrale. (Tout ceci doit me venir de l’enfance, comme le reste, plus particulièrement de l’école où j’évitais soigneusement les yeux pétillants d’intelligence qui vous font aller droit au tableau, quoiqu’à bien y réfléchir, mes yeux pétillants de rien du tout m’y envoyaient tout aussi sûrement, voire plus souvent qu’à mon tour.) De plus, pour ne rien arranger, ma pensée est invisible. Du moins je m’y efforce en prenant l’air de celui qui pense à tout autre chose qu’à sa propre pensée. C’est exactement le cas en ce moment. Pas de chance pour vous qui êtes surtout là pour assister à quelque chose. A quoi, à quel genre de spectacle, je l’ignore, on ne m’a rien dit à ce sujet. Une tranche de vie j’imagine. Il doit y avoir erreur car la vie, son agitation, ses manifestations les plus évidentes, qui plus est son principe même, ne sont pas mon fort ni de ma compétence et moins encore de mon ressort. Donc ne pas compter sur moi pour les signaux vitaux fondamentaux et ce fameux vécu qui revient paraît-il à la mode ces derniers temps.

        Oui.

        Rien d’aussi peu vivant que cet appartement et son occupant. Surtout son occupant. Certes, je suis bien obligé à quelques activités, déambulations, reptations, mais rien qui ressemble de près ou de loin à la vie. Je ne suis pas mort notez bien, ni même mourant ou à l’agonie, mais pas véritablement en vie non plus.

         On verra, vous verrez.

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 18:09


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         A côté de tout ça - le lit, la masse, la mèche -, une table de nuit, plutôt élégante ainsi perchée sur ses longs pieds. Quoiqu’un peu rustique cependant car en bois brut. Un héritage ou un don je ne sais plus. Posée dessus une lampe de chevet en albâtre. Peut-être en marbre, pas sûr, n’y connaissant rien en décoration d’intérieur. L’interrupteur est à la bonne hauteur, c’est à dire à portée de main, de la mienne en tout cas. Le bouton est fluorescent, lui aussi, tout comme feu mes étoiles, pour le repérer plus facilement la nuit. C’est fort pratique et très astucieux aussi, je n’y aurais pas pensé moi-même. Entassées entre les quatre pieds qui les maintiennent droites, des piles de livres, à portée de main eux aussi mais pas fluorescents, ça c’est dommage.

         Qu’est-ce que je raconte moi. Mais non, mais non. Comment puis-je vous mentir à vous qui voyez tout : entre les quatre pieds de ma table de nuit, trône mon canard en plâtre. J’ai longtemps cru à une oie mais j’ai dû me rendre à l’évidence: il s’agit bien d’un canard. Notez ses belles couleurs et ses yeux qui vous regardent où que vous vous trouviez dans la pièce. Lui manque plus que la parole, et puis de vivre aussi. Sans doute parce que je ne m’en suis pas suffisamment occupé. J’aurais dû le mettre plus en valeur, le scolariser voire, lui faire passer des concours de canards qu’il aurait à coup sûr brillamment remportés. Et aujourd'hui il y aurait tout plein de fers à cheval cloués autour de sa niche, qui feraient notre fierté à tous deux.

         Mes livres sont entassés un peu plus avant, entre le poste de télévision et mon lit. Des ouvrages de fond, d’un abord difficile, réclamant une très vive attention. Je ne lis que ça. Je me méfie des livres que je comprends trop bien : si je comprends trop vite, trop tôt, c’est que c’est idiot. Car je ne suis jamais intelligent tout de suite, c’est pourquoi je commence immédiatement par être idiot. J’estime que c’est une bonne base, un bon départ, raisonnable en tout cas, en vue de l’intelligence. De même qu’il m’arrive de comprendre certaines de mes bêtises bien des années plus tard, et ce n’est pas la moindre de mes consolations que de briller trop tard, la plupart du temps en pure perte. Un peu à la manière des étoiles justement, des idées dans mon firmament crânien qui brillent encore alors qu’elles sont mortes depuis longtemps.

         Au pied de ma couche, la petite table où je prends mes repas. Vous la voyez non? Ce serait étonnant avec toutes ces caméras, tous ces yeux plutôt. Couverte d’une pile de vieux journaux ouverts qui me servent à la fois de nappe et de lecture. Tout en mangeant, je prends ainsi connaissance des nouvelles autour de mon assiette, laquelle donc, malgré son diamètre modeste, crée certaines lacunes dans mon actualité. (Pour y palier j’avais bien pensé acheter des assiettes en verre avant de me rendre compte que je devrais manger transparent, et rares sont les aliments solides qui le sont.) Lorsqu’une page est par trop maculée, je la tourne ou l’arrache, remontant ainsi à peu de frais le temps qui dépasse. Des guerres se déclarent dont je connais l’issue avant même le premier coup de canon, ça me donne l’impression de connaître l’avenir. Mais pas le mien hélas, mis à part quelques vagues pressentiments, car on ne parle pour ainsi dire jamais de moi dans les journaux. Sauf si par chance je tombais sur le carnet des naissances où la mienne serait annoncée mais alors il s’agirait de très vieux journaux et par ailleurs je doute qu’on se soit donné cette peine à l’époque, celle de ma venue au monde, mon vautrage sur terre devrais-je plutôt dire, ne valant pas trois lignes dans une feuille de choux.

        

         Trêve.

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 18:02
07h34



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         On me voit, vous me voyez.

        Quant à moi je ne me vois pas. Et pour cause je dors encore ou plutôt je fais semblant. Mais vous, vous me voyez, c’est ce que j’ai cru comprendre. Les proportions sans doute n’y sont pas, ni l’harmonie, je dois paraître plus important que mon lit, mon corps disparate coincé entre les deux montants, tête et pieds bien calés contre, on dirait qu’il a été bâti à mes exactes mesures - faudrait d’ailleurs pas que je grandisse sous peine de m’y retrouver prisonnier comme d’un étau -, quelques pans de ma chair débordant ici ou là, cramponné ou enlacé à mon traversin. Enlacé plutôt. D’où je suis, de mon sommeil en trompe-l’œil, je ne saurais dire s’il n’y a pas comme un début de lascivité au matin avec mon oreiller. Il est possible que j’aie réussi à l’apprivoiser durant la nuit, m’en sois fait une épaule voire un ami. Car, malédiction ou quoi, je dois presque toujours tout dompter ou apprivoiser autour de moi, y compris ma propre personne. J’ai dit oreiller, c’était une erreur, il s’agit bien d’un traversin.

         Rectification. A la réflexion, vous ne me voyez pas. Tout enfoui que je suis, c’est à peine si vous distinguez une masse, humaine probablement. Par ailleurs, qui milite en faveur de la masse humaine, il est rare que des animaux, de ma taille tout au moins, viennent passer la nuit dans mon lit. Ou alors ce serait bien inconvenant. En revanche, émergeant à peine de là-dessous - drap, couverture, couvre-lit, robe de chambre, chandails, serviettes éponge, serpillières, vieux pansements - vous apercevez peut-être une mèche issue en droite ligne des quelques cheveux qui me restent. Mèche grasse et bien huilée qui, correctement orientée de l’oreille gauche vers l’oreille droite, me sert également de chevelure dans la journée durant laquelle j’ai l’air moins chauve qu’en nocturne, c’est du moins ce que je me plais à croire. Sous la mèche, un front soucieux. Soucieux, peut-être pas. Peut-être qu’au matin mon front paraît moins soucieux. Peut-être ai-je réussi à l’apprivoiser lui aussi durant la nuit. Je ne sais pas. Ce serait étonnant, n’ayant jamais trouvé le repos, pas même la nuit. Surtout pas la nuit qui me fait toujours comme un caillou dans les yeux.

         Peut-être mes étoiles filantes, car je suis constellé. Un jour que j’étais d’humeur badine j’avais entrepris d’en coller quelques-unes à mon plafond, des fluorescentes, visibles seulement la nuit, comme les vraies. J’aimais être ainsi constellé, ce rêve peut-être de coucher aux belles étoiles. Mais j’ignore pourquoi, peut-être parce que filantes justement, elles ne se sont jamais plu dans mon ciel qui est maintenant vide. Elles se sont décrochées les unes après les autres pour aller s’éparpiller un peu partout dans la pièce. Un temps, ce fut même assez plaisant : de quoi me prendre pour le centre de l’univers.

         J’oubliais: si vous regardez bien, la couverture devrait être agitée d’un imperceptible mouvement de va-et-vient, de haut en bas ou de bas en haut, tout dépend de la manière dont on respire: certains commencent par expirer, d’autres par inspirer. Je fais partie de la première catégorie : lorsque je me décide enfin à respirer, je commence par me crever la panse, et le reste, malgré quelques mémorables ratés, suit presque automatiquement. Bref, d’une manière ou d’une autre la masse respire. J’espère que j’expire, que je respire veux-je dire. Oui, je respire. C’est principalement l’exhalation qui me le confirme, à ce parfum de paille humide qui me remonte aussitôt aux narines.

 

 

 

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 19:51

07h31




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         On me voit, vous me voyez, allongé sur mon lit. Un petit lit, presque une banquette. Un grabat pour ainsi dire. D’où je ne me lèverai pas, pas question, jamais, sauf bien sûr si je changeais d’avis, pour le prendre sous le bras par exemple, ainsi que je l’ai lu dans certain livre sacré, comme si j’étais soudain guéri par une parole venue d’en haut. En haut, c’est simple, c’est mon plafond, ensuite le premier étage, puis le second si je calcule bien, puis le troisième, et ainsi de suite jusqu’au plafond du toit, jusqu’au toit du ciel, jusqu’à rien que dalle. Rien de bon ne peut venir de cet entassement d’absences et de vapeurs, c’est ce que je crois. Et je crois aussi que mon salut viendra plutôt d’un en bas, d’un en trou, d’une faille, d’un fin fond quelconque.

 

         J’habite donc un rez-de-chaussée. Tout le monde descend sauf moi. Quoiqu’en dessous, la cave. Possibilité de dégringoler plus bas donc.

 

         Par ailleurs je ne veux pas être sauvé. Perdu, étrangement, je m’y retrouve assez bien, un peu comme tout un chacun dans son propre fouillis. Et sauvé de quoi d’abord? Une évasion, ça oui, peut-être, à la rigueur, je ne dis pas. D’ailleurs, à l’heure qu’il est, je m’y emploie. Je creuse. Ou plutôt on creuse pour moi, y a des gens pour ça. 

 

         Par ailleurs encore je ne suis pas malade, et même en assez bonne santé grâce à tous ces médicaments que je prends quand ça me chatouille de trop. Mais pas guéri pour autant de mon état. Etat pourtant naturel à ce qu’on prétend. On parle même à son sujet de condition. Et quand bien même en serais-je malade de cette condition, je ne veux pas en être guéri non plus. Malade, malade de cette condition, étrangement me procure un certain bien-être, plaisir serait exagéré, je m’y trouve à mon avantage dans cette condition-ci. Disons que ça pose son homme quoi. Par conséquent tout va bien.

 

          C’est trop, j’en ai trop dit, trop vite. Reprenons.  

 

 

 

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