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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 17:34

 

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  Après s’être faite prier quelque temps, la raison, qui surgit chez les autres vers la septième année, lui est advenue sur le tard, pour ainsi dire à l’ancienneté. C’est donc avec l’âge, paradoxe plaisant si seulement l’heure était à la gaudriole, qu’il doit se résoudre à lâcher cette béquille qui l’aidait naguère à traverser le vide de ses journées, toutes occupées à courir après cette carotte qu’était l’apéritif du soir. A présent, c’est le bâton qu’il lui faudrait mais il ne s’estime plus en âge de recevoir la fessée, de se l’administrer encore moins.

  Quel substitut à la carotte ? Quel ersatz ? En attendant de le découvrir, il se tourne vers son oreiller dont il fait derechef sa Terre promise.

 

 

                                                                                                              (Brouillon daté du 04-11-2012)

 

 

 

 


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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 17:46

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  La saison se prête si bien à la misanthropie, sombrons donc là-dedans pour une fois, décide-t-il - feignant ne pas se souvenir qu’il en dit autant de toutes les autres. Et le voilà qui s’adonne avec délice à sa bouderie préférée.

   Vivant seul à longueur d’année, le cahier des charges n’est pas si monstrueux qu’il s'en trouve débordé. Il s’applique pourtant au moindre détail, chiadant plus particulièrement le costume et l’attitude, l’apparence chez lui étant tout. (Et en effet le tableau semble presque parfait, puisqu’il ne résiste pas au plaisir d’y jeter un œil en passant, c’est un coquet.)

  Mais cette saison propre à son penchant est aussi celle des congés qui l’oblige à courir les rues à la recherche de son pain et de son quotidien, guettant fébrilement âme qui vive derrière les rideaux baissés, pestant contre la terrible absence de ses frères humains. En vieil habitué des entorses, il y a beau temps qu’il ne voit rien à redire à ses.

  (Ici il ne trouve plus les mots, « misanthropie » lui ayant d’entrée rincé le vocabulaire.)

 

 

 


 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 17:44

 

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Au prix d’un mensonge gros comme lui, c’est dire son importance, il a réussi, sans trop de casse cette fois, à décliner l’invitation de sa sœur à passer quelques jours dans sa nom de dieu de propriété de Savoie où il est censé se reposer, respirer, marcher, s’y ennuyer ferme surtout. 

 

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Hélas, comme c’est dommage, un de ses vieux amis d’enfance, qu’il n’a pas revu depuis des années, vient justement de le convier dans son château du Nivernais, pays dont on lui a tant vanté la beauté qu’il brûle de le visiter. Comme c’est bête hein, conclut-il dans sa lettre, moi qui me réjouissais de vous voir, toi et ton mari, comment s’appelle-t-il déjà ? 

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Et c’est avec délice qu’il passe les quinze jours suivants enfermé dans son appartement, les volets hermétiquement clos (sait-on jamais, sa sœur possède assez de relations pour dépêcher un ou une espionne sous ses fenêtres), n’en sortant qu’à des heures sûres, se consolant de la pénombre où il vit en s’imaginant en train de ratisser, de se promener sous la pluie et les orages, de s’obliger à faire la conversation à son beau-frère qui n’en a aucune, ou de prendre le thé en compagnie de vieilles rombières lubriques. L’obscurité, dut-elle le rendre aveugle, lui semble infiniment préférable au cauchemar du grand beau temps et de l’air pur.

 

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Mais voilà que sa sœur lui écrit : "Je me réjouis de ta décision. Renouer avec tes vieux amis, combien de fois t’y ai-je encouragé ? Raconte-moi vite. Comment ton séjour s’est passé ? La Nièvre est un très beau pays en effet, envoie-moi vite des photos. Souviens-toi, tu m’en as promis."

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Lui ? Promettre des photos ? Alors qu’il n’en prend plus depuis... Diable, il ne sait plus mentir. Le voilà bien. Connaissant sa sœur, il sait qu’elle n’en démordra pas. Il la croit même capable de téléphoner à ce vieil ami d’enfance qu’il a enterré il y a une dizaine d’années maintenant, ça lui revient.

Et le voilà, son vieil appareil en bandoulière, arpentant les squares parisiens à la recherche de perspectives et de vieux murs, de fleurettes et de verdures, à tenter de recomposer la Nièvre et ses paysages grandioses. Mission impossible dont il croit pourtant se sortir brillamment.

 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 17:56

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  Son agilité intellectuelle laissant à désirer - ce n'est pas tant qu'il oublie, c'est qu'il ne se souvient pas - , il s’est imposé cet exercice quotidien qui consiste à calculer mentalement, à mesure qu’il emplit son caddie, ce qu’il devra régler à la caisse. C’est audacieux de sa part, accordons-lui au moins cela. 

  D’ailleurs ça commence mal : dès l’entrée, de suite après le portillon automatique qu’il s’obstine encore à ouvrir lui-même, dans le mauvais sens bien sûr, il tombe sur la baguette de pain : 0,99 €. Disons un euro décrète-t-il après hésitation. Mais cet arrondi le travaille, voilà qui n’est pas fair-play, il triche déjà. L’idéal pour sa conscience serait de trouver assez vite un article à un euro zéro un. Il n’en trouve pas. Disons un euro la baguette et n’en parlons plus. Mais plus tard l’eau minérale à 0,57 €. Au diable son agilité intellectuelle. Pourquoi faire d’ailleurs, il n’en aurait pas l’usage.

  Quelques jours plus tard pourtant, il s’est ressaisi et les ménagères inquiètes peuvent le surprendre à errer parmi les gondoles en récitant une fable de La Fontaine.

 

 

 

 

 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 15:57

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  Ecrire.

  (A porter au crédit d’une de ces décisions hâtives tombées des rêveries de l’enfance, de celles qui toutes l’ont laissé pieds et poings liés dans le fossé.

  Et voilà qu’à présent il s’en mord les doigts, ceux de sa main gauche puisque la droite est toute occupée à rater.)

  Ecrire encore.

 

 

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 17:02

 

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 "Toutes ces années à porter des chaussures et voilà le résultat !" pense-t-il en considérant ses pieds nus. Lesquels en effet semblent avoir été comme moulés dans le cuir, sa chair échauffée pour ainsi dire coulée dedans comme un métal en fusion. D’où cet aspect fort peu sexy d’une paire d’embauchoirs jaunâtres au vernis écaillé. "Avec un bon peu de cirage noir et quelques coups de crayon pour dessiner des lacets, je pourrais sortir pieds nus dans la rue sans que personne ne s’aperçoive de rien." ricane-t-il pour donner le change. Cependant, celui-ci tarde à lui rendre la monnaie.

  Et le temps passe. Et il ricane moins.

  Que s’imagine-t-il donc ? Qu’une fois à l’air libre ses pieds dégonflent et reprennent peu à peu quelque apparence humaine ? (Il pense à la forme de son crâne s’il avait dû porter le képi toute sa vie.) Ce fichu corps de plomb, figure de la mollesse de son esprit malléable, vieille pâte docile toujours prête à épouser le premier carcan venu.

   Heureusement, il n’a jamais porté de ceinture de chasteté ni de préservatifs. Ça, croit-il, c’est amusant et il ricane de nouveau. 

  Ou comment se rendre odieux à soi-même.

 

 

 

 


 

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 16:06

 

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  Son lit chaque soir au plus bas. Lui suivant docilement le mouvement, n’ayant jamais opposé la moindre résistance à la nature des choses qui d’après lui sont ce qu’elles sont. Son sens absent de l’élévation.

  De l’âme au moins.

  Cette bizarrerie en effet chez lui : depuis peu son lit semble vouloir se fondre dedans le plancher, le creusant chaque soir un peu plus. Et voyez : entre le sol et le rebord de son lit il n’est plus guère que la largeur d’une main. Difficile de s’en relever. Observez-le donc au matin se débattre comme une tortue sur le dos. Vrai cul de plomb, roulant  boulant en tous sens sauf le bon. Finissant tout de même, car l’histoire se termine bien, la face contre le parquet ciré.

  Ça sent le sapin, ricane-t-il alors avant d’entreprendre un long rétablissement qui le mettra à genoux, puis debout - ici compter dix minutes -, un marteau ivre dans la tête.

  De l’âme quoi.

 

 

 

 

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 18:38

 

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  Ses deuils en souffrance. Un retard considérable dans ce domaine. Papa et maman, c’est fait. Reste le fils chéri, c’est à dire sa pomme en personne. Deuil impensable celui-ci. Pourtant il y pense, ne pense qu’à ça. Procéder par morceaux peut-être. Dresser la liste des petits cailloux et autres couleuvres en vue. Une liste encore. Une autre. Ne sait plus écrire au passage, le goût perdu, voilà un chouette deuil putain. Les cheveux blancs, c’est fait. Ils lui crèvent les yeux tous les matins. Ne sait plus écrire au passage. (Comment se crever les yeux avec un cheveu même blanc ?) Chouette deuil vraiment. A noter celui-là.

  Panique. (Appelez-moi Phénix.)

  Recours à la lâcheté souhaitable. Rentrer le ventre, artifices et beaux dentiers - les ratiches, belle idée ça les ratiches, magasin de porcelaine, ne sait plus écrire, perdu le goût poussiéreux -, faire le beau, à Venise de préférence, s’accrocher au ridicule, l’embrasser à pleine bouche. The kiss of the death. Ne sait plus l’english, n’a jamais su, pas un traitre mot. Traître mot.

(Putain.)


 


 

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:38

 

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   Dans l’art de faire sa valise, il a acquis une petite expérience dont il reste assez fier malgré quelques loupés.

   Sa méthode est simple et assez répandue bien qu’il la pense sienne. Liste en main, il étale donc ses petites affaires sur son lit avant d’en garnir le fond de sa valise en terminant par les vêtements et autres dont il aura besoin à son arrivée, comme son pyjama, ses affaires de toilettes, mais surtout, surtout, une lampe de poche dont il vérifie maintes fois qu’elle fonctionne et qu’il n’a pas oublié l’indispensable réserve de piles. Car il se souviendra encore longtemps de ce séjour chez sa sœur où il a passé sa première nuit à chercher la lumière dans les couloirs sans jamais tomber sur la bonne porte, celle des toilettes. Puis, les deux suivantes à tourner autour de sa chambre à la recherche de récipients possibles, avant de se résoudre à uriner par la fenêtre par laquelle il a failli passer plusieurs fois. Seule la peur du gros chien aboyant plus bas (à moins que ce ne fut son beau-frère) lui ayant permis de se rattraper à temps.

 

 


 

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 12:59

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  Ses problèmes de santé. Après s’en être inventés tout au long de sa vie, il redoute à présent, s’il venait à guérir de cette manie, que d’autres que lui ne se chargent de lui en trouver. Comme son corps par exemple qui pourrait soudain prendre le relai et décréter de son plein gré telles ou telles saloperies qu’il n’aurait jamais envisagées auparavant.

  Depuis peu en effet, suite à une forte fièvre qu’il n’a pas vue venir, il s’est enfin rendu compte que la réalité pouvait se montrer bien plus sévère à son égard que ses petits rêves doucereux.

  Dans le doute : continuer à s’inventer des maladies qui occuperaient la place tout en fermant la porte aux autres. Pauvre ruse qui réussira encore quelque temps jusqu’à ce que.

 

 

 


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