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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 18:57

 

« C’est ici que nous apparaît la supériorité évidente de la chenille sur la roue. »

(Georges-Marie HAARDT & Louis AUDOUIN-DUBREUIL.

 La Première Traversée du Sahara en automobile.

Paris, Librairie Plon. 1924.)


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  Alors que nous étions gaillardement partis pour découvrir les sources du Nil, mon ami Luc Lamy (dit aussi l’Africain, tant il l’est africain, bien plus en tout cas que sa véritable nationalité ne le laisserait supposer) et moi-même, nous sommes soudain rendus compte, alors que nous étions déjà à mi-chemin et que les bistros se faisaient de plus en plus rares voire inexistants, que les dites sources étaient somme toute déjà connues, grosso modo, que par ailleurs elles ne devaient délivrer qu’une eau douce, plate qui plus est, tout juste bonne à noyer le pastis (ce qui au demeurant n’est pas rien mais ne justifiait pas que l’on usât pour cela nos chenilles et notre belle jeunesse, sans parler des inconvénients liés à la présence d’indigènes qui avaient le front ces drôles de se croire chez eux).

  Bref, tout ceci nous a donné à réfléchir. Pas longtemps : comme un seul homme nous avons fait demi tour, roulant jour et nuit jusqu’à Mostaganem où nous avons bu l’anisette jusqu’à plus soif.

  Suite à quoi, ayant dédommagé grassement notre chauffeur, Marcel, un ancien des bataillons d’Afrique, un as du volant, ce que nous avons pu tourner en rond lors de ce périple c’est à peine croyable, fine gâchette de surcroît, combien de fois nous a-t-il tiré d’embarras comme cette nuit où nous avions aimablement invité sous notre tente quelques femelles du coin en vu de notre joie, nous décidâmes de retraverser la méditerranée pour nous attaquer cette fois aux sources du Montrachet. Oui, nous ne manquions pas d’audace à cette époque.

 

 

 

 

 

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 19:33

 

Verdure

 

 

  La chlorophylle a sur lui l’effet d’un assommoir. Cette verdure, cette verdure, gémit-il face au spectacle grandiose de la montagne. (Si ce n’est elle, c’est le parc du château, pourtant magnifique avec son gazon parfait et ses essences rares. Mais pas une de ces caillasses en flammes où son regard pourrait trouver refuge.)

  Et ses premières journées se passent à dormir, d’un sommeil étrange, plus proche de la syncope que de ses ravissements habituels, tandis que ses nuitées le surprennent l’œil écarquillé, les oreilles tendues guettant le pas assuré des fantômes à l’étage au-dessus. Autant dire qu’il se meurt. Et il s’en plaint.

  Sa sœur, qui se garde bien de le ramener à la vie tant il peut être casse-pieds dans ces moments-là où il se croit malade par la faute du dépaysement, ses petites habitudes mises à mal, arguant d’un léger décalage horaire, d’une pression atmosphérique néfaste à sa tension artérielle, tente en vain de le rassurer : Mais non, mais non, c’est l’oxygène que tu respires à pleins poumons, tu vas voir tu vas revivre.

   (Comme s'il y tenait.)

  A pleins poumons, à pleins poumons, quelle idiote ! mais quelle idiote ! Respire-t-on à pleins poumons lorsque l’on dort ? C’est ce qu’il aimerait lui répondre si la torpeur dans laquelle il est plongé le lui permettait.

  Cet argument d’ailleurs ne lui venant à l’esprit que bien plus tard, dans le train du retour où il se réveille enfin.

 

 

 


 

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 17:56

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  Son agilité intellectuelle laissant à désirer - ce n'est pas tant qu'il oublie, c'est qu'il ne se souvient pas - , il s’est imposé cet exercice quotidien qui consiste à calculer mentalement, à mesure qu’il emplit son caddie, ce qu’il devra régler à la caisse. C’est audacieux de sa part, accordons-lui au moins cela. 

  D’ailleurs ça commence mal : dès l’entrée, de suite après le portillon automatique qu’il s’obstine encore à ouvrir lui-même, dans le mauvais sens bien sûr, il tombe sur la baguette de pain : 0,99 €. Disons un euro décrète-t-il après hésitation. Mais cet arrondi le travaille, voilà qui n’est pas fair-play, il triche déjà. L’idéal pour sa conscience serait de trouver assez vite un article à un euro zéro un. Il n’en trouve pas. Disons un euro la baguette et n’en parlons plus. Mais plus tard l’eau minérale à 0,57 €. Au diable son agilité intellectuelle. Pourquoi faire d’ailleurs, il n’en aurait pas l’usage.

  Quelques jours plus tard pourtant, il s’est ressaisi et les ménagères inquiètes peuvent le surprendre à errer parmi les gondoles en récitant une fable de La Fontaine.

 

 

 

 

 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 15:57

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  Ecrire.

  (A porter au crédit d’une de ces décisions hâtives tombées des rêveries de l’enfance, de celles qui toutes l’ont laissé pieds et poings liés dans le fossé.

  Et voilà qu’à présent il s’en mord les doigts, ceux de sa main gauche puisque la droite est toute occupée à rater.)

  Ecrire encore.

 

 

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 17:02

 

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 "Toutes ces années à porter des chaussures et voilà le résultat !" pense-t-il en considérant ses pieds nus. Lesquels en effet semblent avoir été comme moulés dans le cuir, sa chair échauffée pour ainsi dire coulée dedans comme un métal en fusion. D’où cet aspect fort peu sexy d’une paire d’embauchoirs jaunâtres au vernis écaillé. "Avec un bon peu de cirage noir et quelques coups de crayon pour dessiner des lacets, je pourrais sortir pieds nus dans la rue sans que personne ne s’aperçoive de rien." ricane-t-il pour donner le change. Cependant, celui-ci tarde à lui rendre la monnaie.

  Et le temps passe. Et il ricane moins.

  Que s’imagine-t-il donc ? Qu’une fois à l’air libre ses pieds dégonflent et reprennent peu à peu quelque apparence humaine ? (Il pense à la forme de son crâne s’il avait dû porter le képi toute sa vie.) Ce fichu corps de plomb, figure de la mollesse de son esprit malléable, vieille pâte docile toujours prête à épouser le premier carcan venu.

   Heureusement, il n’a jamais porté de ceinture de chasteté ni de préservatifs. Ça, croit-il, c’est amusant et il ricane de nouveau. 

  Ou comment se rendre odieux à soi-même.

 

 

 

 


 

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 16:06

 

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  Son lit chaque soir au plus bas. Lui suivant docilement le mouvement, n’ayant jamais opposé la moindre résistance à la nature des choses qui d’après lui sont ce qu’elles sont. Son sens absent de l’élévation.

  De l’âme au moins.

  Cette bizarrerie en effet chez lui : depuis peu son lit semble vouloir se fondre dedans le plancher, le creusant chaque soir un peu plus. Et voyez : entre le sol et le rebord de son lit il n’est plus guère que la largeur d’une main. Difficile de s’en relever. Observez-le donc au matin se débattre comme une tortue sur le dos. Vrai cul de plomb, roulant  boulant en tous sens sauf le bon. Finissant tout de même, car l’histoire se termine bien, la face contre le parquet ciré.

  Ça sent le sapin, ricane-t-il alors avant d’entreprendre un long rétablissement qui le mettra à genoux, puis debout - ici compter dix minutes -, un marteau ivre dans la tête.

  De l’âme quoi.

 

 

 

 

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 18:38

 

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  Ses deuils en souffrance. Un retard considérable dans ce domaine. Papa et maman, c’est fait. Reste le fils chéri, c’est à dire sa pomme en personne. Deuil impensable celui-ci. Pourtant il y pense, ne pense qu’à ça. Procéder par morceaux peut-être. Dresser la liste des petits cailloux et autres couleuvres en vue. Une liste encore. Une autre. Ne sait plus écrire au passage, le goût perdu, voilà un chouette deuil putain. Les cheveux blancs, c’est fait. Ils lui crèvent les yeux tous les matins. Ne sait plus écrire au passage. (Comment se crever les yeux avec un cheveu même blanc ?) Chouette deuil vraiment. A noter celui-là.

  Panique. (Appelez-moi Phénix.)

  Recours à la lâcheté souhaitable. Rentrer le ventre, artifices et beaux dentiers - les ratiches, belle idée ça les ratiches, magasin de porcelaine, ne sait plus écrire, perdu le goût poussiéreux -, faire le beau, à Venise de préférence, s’accrocher au ridicule, l’embrasser à pleine bouche. The kiss of the death. Ne sait plus l’english, n’a jamais su, pas un traitre mot. Traître mot.

(Putain.)


 


 

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 18:09

 

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  Sur cette photo, ou ce qu’il en reste, je ne reconnais pas ces deux femmes qui semblent se tenir curieusement chacune par une fesse. (Peut-être, à droite, ma grand-mère maternelle ? Ou sa mère ?) Un moment j’ai cru reconnaître le chien, un berger des Pyrénées, dont j’ai souvent entendu parler dans mon enfance. Mais après un rapide calcul – rapide, pas tant que ça puisque j’ai dû m’aider d’un papier et d’une calculette -, il doit s’agir ici de son grand père ou de sa grand-mère, vu que l’espérance de vie d’un chien de cette taille n’excède pas une petite vingtaine d’années. Et encore, à condition de ne pas le laisser crever de chaud l’été. (Le poil long, la gueule toujours baveuse, rescapé d’une quelconque ère glacière, je ne vois pas d’autres explications à sa présence sous un tel climat.)

  Le banc, je le reconnais. Tout le monde le reconnaît. C’est un modèle qui a fait ses preuves à condition de changer les lattes de bois de temps à autre.

  Sinon, rien. Deux fantômes qui se tiennent à jamais par la fesse. Quelle famille. S’il s’agit bien de la mienne car il me revient maintenant que nos voisins possédaient aussi un tel chien et fort probablement le même banc, de la même marque.

  Qu’est-ce que je m’en fous après tout.

 

 

 

 

 

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 18:47

 

René Goscinny

René Goscinny. Gouache. 1940-1946

 

  De la fenêtre de son château en perspective il se demande sur quel peuple il va régner maintenant. Maintenant que l’ancien, si peu ancien, a disparu avec les brumes de ce matin même. (Ce peuple qui lui semble si lointain déjà, perdu dans son exode - lequel ? le sien ou le leur ? -, perdu dès le matin, ce matin même si lointain déjà, lui aussi, déjà.)

  Ça marche pas.

  Voir à tourner la page.

 


         


 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 17:46

 

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  Chère amie, je viens vous faire mes adieux. En effet, je pars. Dans un pays si difficile d’accès que je doute, si seulement je parviens à destination, être capable d’en revenir un jour. Figurez-vous que j’ai acheté un lopin, un tout petit, perdu au milieu de je ne sais plus quel océan. Il faudra d’ailleurs que je me renseigne un peu mieux à ce sujet puisque les océans sont vastes et en nombre suffisant pour que je trouve moyen de me tromper. Ce qui serait dommage vu que c’est la première fois de toute ma vie que je peux me targuer d’être propriétaire, sentiment bourgeois s'il en est, certes, mais tout bien réfléchi les bourgeois ne sont pas si bêtes puisqu’ils ont de l’argent. Je ne sais pas si vous me suivez.

  Ce lopin donc, je l’ai eu pour trois fois rien, pour ainsi dire une misère et je m’y connais. En réalité ce n’est pas un lopin mais une terre en devenir qui existe sous soixante centimètres d’eau à marée basse et à un peu plus du triple à marée haute. (Ce phénomène des marées, pour utile qu’il soit sûrement, reste tout de même agaçant.) Je compte y vivre en paix, principalement à marée basse. Pour la marée haute j’aviserai. J’ai déjà quelques idées comme celle de profiter de ces heures pour dormir sur un matelas pneumatique solidement ancré. Ou plus simplement apprendre à nager. (En réalité c’est mon potager, dont je rêve depuis si longtemps, qui me soucie : comment se comportera-t-il dans ce milieu à priori hostile ?)

  Certains de mes amis se gaussent. D’après eux, avec la fonte des glaces, le niveau des océans ne devrait faire que monter. Mais cela m’inquiète peu car je sais, tout aussi scientifiquement, que certains volcans sous-marins ne demandent qu’à voir le jour et transformer mon lopin, « pieds dans l’eau » comme dit la brochure, en une île luxuriante et peut-être même luxurieuse si quelques aimables indigènes venaient la peupler. De quoi finir mes jours heureux et tranquille.

  Voilà, très chère. Quand je pense que beaucoup me trouvent un caractère pessimiste. Qu’en dites-vous ? Ne seraient-ils pas un peu sots après tout ?

 

 

 

 


 

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