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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 17:24

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Brebel 4828 1 - copie

 

 

         Dehors, non loin de l’aventure, c’était la rue. Je l’empruntai donc. Nous connûmes un frisson à cet instant, nous frissonnons toujours à l’orée des rues. J’aime me parler au pluriel, ça me donne l’impression rassurante d’être à plusieurs, une armée presque. Une armée à mes côtés, c’est au moins ce qu’il me faut pour risquer un pied dehors. Ma rue en amena une autre, il en va ainsi des rues de mener à d’autres, de constituer avec les immeubles des pâtés, puis des quartiers, une ville pour finir. Certaines débouchent sur des boulevards ou des avenues, on dit alors que cela vous ouvre des horizons. Au-delà, c’est la banlieue, puis la campagne où l’on respire enfin. Pourtant, j’évite soigneusement ces contrées plus ou moins boueuses et malodorantes où je ne fais que creuser des trous. Une déplorable manie qui me vient de l’enfance où je passais mon temps à enterrer tout ce qui me tombait sous la main : chiens, chats, crapauds, hérissons, bicyclettes, trottinettes, et même mon petit frère, ce dernier enterrement m’ayant valu bien des remontrances de la part de mes parents. Il était d’accord, lui, pourtant.

 

         Pour le moment, ma rue. Muni de notre armée de nous-mêmes, notre légion, nous nous y risquons. Toutes les rues ont un côté gauche ou droit, tout dépend du point de vue. Du mien, je marchais du côté gauche. Toutes les rues ont aussi un bon côté signalé par les commerçants qui y accumulent leurs boutiques au soleil où ils se font une place. Je n’aime pas le bon côté des commerçants. Je vais presque toujours de ce côté où ça coûte peu cher, là où cela se vend mal voire pas du tout.

 

         Une déclaration peut-être? Décidément non. Plus tard peut-être. Je ne suis pas inquiet, ça viendra les déclarations. Il n’est pas rare que je m’en fasse une à deux par jour, plus ou moins solennelles, c’est une moyenne. Soudain, je me sens bien seul à cheminer ainsi. A tous les coups, mon armée personnelle qui a dû me déserter. J’ai l’habitude de ces désertions en masse. A peine tourné le coin de la rue, mes soudards détalent régulièrement, soit qu’ils flairent le danger bien avant moi, soit qu’ils aient une confiance limitée, tous ces frêles moi-mêmes, en ce général sans étoiles ni panache qui marche à leur tête. Et moi donc. 

 

         Je me dis : tiens, je pourrais en profiter pour faire mes courses. Ça m’arrive parfois. Pour faire l’intéressant j’entre chez un commerçant, par exemple un boucher, et lui demande tout de go un cœur de bœuf ou un collier d’agneau, comme ça au hasard, pour faire celui qui sait mitonner. J’en prends toujours pour deux, histoire de faire moins seul, parfois pour huit lorsque je reçois. Je ne reçois jamais mais il est important que le boucher le croie. Je ne sais trop pourquoi mais je tiens à ce que le commerçant m’imagine marié ou en concubinage notoire, un peu mondain aussi. Parfois dans mes bons jours je rajoute: Et trois tranches de jambon pour les enfants! Ça fait famille et me confère aussitôt le statut de père, tout en m’assurant les sandwichs de la semaine. Mais cela, le boucher, crétin de commerçant en plein soleil, l’ignore. L’important est qu’il reste persuadé que je cuisine divinement bien certains abats ou bas morceaux pour mes nombreux amis tandis que mes enfants mangeront du jambon-purée, ce qui, dans ce milieu très fermé de la boucherie-charcuterie-volaillerie, vous confère une certaine aura. Qu’est-ce que je raconte.

 

         Tout de même, ces quelques jours à essayer d’ouvrir ma porte me posent question. Simple coup de fatigue peut-être ou alors une de mes fréquentes distractions qui m’aurait fait oublié que j’ai déménagé depuis peu et habite actuellement un autre appartement dont je possède la bonne clef? Je ne crois pas. Sincèrement, ça m’étonnerait. Je vais penser à autre chose. M’intéresser à la rue par exemple. Celle-ci n'a pas grand intérêt mais en cherchant bien, un accident de la circulation par exemple, un décès, un incendie, un attentat, elle finira peut-être par devenir passionnante. En attendant une quelconque catastrophe, je vais compter les dalles de granit qui pavent le trottoir. De loin on imaginera un homme perdu dans ses graves pensées, ça me posera là.

 

 

 

        

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commentaires

François Matton 19/04/2010 16:49



(Je ne lis pas les commentaires, pas le temps (j'en ai tellement à rattraper !))


Et vous n'avez pas été fichu de faire une véritable oeuvre de tout ce beau génie que vous balancez
généreusement par la fenêtre ? Mahleur... Reprenez-vous, faites une PNL, un truc comme ça. On doit pouvoir vous reprogrammer, j'en suis certain.


(Bon, désolé pour le gras, je ne l'ai pas fait exprès.)



babeth31 08/04/2010 23:44



Pas la peine de casser ton plan epargne: j't'envoie le bateau.



Depluloin 09/04/2010 01:28



Oh non! t'es trop gentille! Mais où le bateau? Le canal du midi? La Garonne? Je te fais un gros bisou!!


 


 



babeth31 08/04/2010 16:59







Depluloin 08/04/2010 18:07



Ah! ah! .... Arrête de me faire rire, je vais... ah! ah! ... Luc, vilain garnement!!


 


 



babeth31 08/04/2010 16:35



@Depluplu: si tu as perdu la chinoise dont parle L..........uc, j'en ai une à la maison pour deux jours!!!



Depluloin 08/04/2010 17:05



Raaaaaaaaaaah ! Oh pardon! (C'est le fauve tapis en moi qui...) Deux jours quand? Non mais sérieusement tu t'imagines pas que je viendrai pour une chinoise!! Si je viens, c'est pour TOI!
ET TOI SEULE!!! (et ta cuisine!) Bon, faut que je casse mon plan d'épargne logement et j'arrive! Non mais! On n'a qu'une vie!!


 


 



babeth31 08/04/2010 16:25



@Depluplu: je suis restée sobre comme un dromadaire et  pourtant  la route n'est plus la même ! T'as changé de cap? Tu prends plus la clef des champs?



Depluloin 08/04/2010 17:02



Mais non! (C'est un vieux texte, chut!) J'aimerais bien la prendre la clef des champs au contraire! Le tout, c'est que je ne dois pas réfléchir quinze jours à l'avance : je dois partir les mains
dans le poches - presque - et une fois dans le train, ça va, je suis ravi!! Il est fou ce type, non? :)