Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 08:45

 

9782070759378

 

  "La démocratie représentative s’est imposée dans son principe au moment où elle s’est fragilisée dans son fonctionnement. La chute du communisme a sonné la retraite de ses ennemis ou de ses critiques les plus virulents, et elle constitue désormais le seul horizon reconnu du bien politique. Mais alors qu’elle a aussi triomphé comme régime, elle se trouve déstabilisée comme forme politique. Si la démocratie peut être banalement définie comme la mise en œuvre de la souveraineté du peuple, le contenu même de cette dernière semble en effet aujourd’hui se dissiper. Progression de la mondialisation économique, accélération de la construction européenne, croissance du rôle du droit, montée en puissance des instances de régulation non élues, rôle plus actif qu Conseil constitutionnel : de multiples évolutions convergent pour ébranler les objets et les modes d’expression acquis de la volonté générale. Alors que certains se réjouissent de ce qui leur paraît témoigner d’un progrès de l’État de droit et d’une autonomie accrue de la société civile, d’autres s’alarment de ce qui marque à leurs yeux un déclin préoccupant de la volonté et pronostiquent même sombrement « la fin de la démocratie.

{...}

La France de 1789 et l’Amérique de 1787 partagent une même certitude pratique : qu’il s’agisse d’organiser constitutionnellement une indépendance fraichement acquise ou d’inventer les formes politiques de la rupture avec un ordre absolutiste, nul ne songe à instaurer un régime de démocratie directe. La mise en place d’un système représentatif s’impose dans les deux cas comme une évidence pratique. Mais cette évidence recouvre une ambiguïté majeure. La démocratie est en effet susceptible d’être acceptée pour des raisons presque diamétralement opposées, et de renvoyer du même coup ces conceptions contradictoires du gouvernement moderne. Le système représentatif peut, dans un cas, être appréhendé comme un simple artifice technique résultant d’une contrainte purement matérielle (organiser le pouvoir dans une société de grande dimension). Approche qui suggère implicitement qu’un tel système n’est qu’un pis-aller, le substitut forcé à un impossible gouvernement direct des citoyens, ce dernier constituant dans l’absolu le système politique idéal. Mais l’instauration de procédures représentatives peut aussi être liée à une vision philosophique positive de leurs vertus propre. Le gouvernement représentatif est alors considéré comme une forme politique originale et spécifique : il définit un régime inédit, élargissant la typologie ternaire classique. Ces deux approches sont contradictoires dans la mesure où le gouvernement représentatif est appréhendé, dans le premier cas, comme un équivalent de la démocratie, alors qu’il constitue plutôt, dans le second, un dépassement de celle-ci. Le problème est que cette équivoque conceptuelle n’est jamais vraiment exposée et théorisée, étant masquée par la commune reconnaissance de la nécessité pratique d’adopter des techniques représentatives. D’où l’ambiguïté fondatrices des régimes politiques modernes. Il faut partir de la constitution de cette ambiguïté et de ses modes d’expression pour comprendre l’histoire cahoteuse de la démocratie."

Introduction à La démocratie inachevée par Pierre Rosanvallon.

Gallimard. Bibliothèque des Histoires. 2000

 

 

ac pierre rosanvallon 1200 01

 

  « La démocratie inachevée » et non « La démocratie impossible », tout est dit ici de cet ouvrage, dans le choix que son auteur a fait du titre. 

  A ceux qui exigeraient encore une représentation "absolue" de la volonté du peuple ou au contraire à ceux – dont je suis sans doute, je l’avoue – qui désespèrent ou n'ont jamais cru possible une telle représentation, le livre de Pierre Rosanvallon, œuvre limpide d’historien et de penseur, remet ce légitime débat à sa juste place et en quelque sorte « calme le jeu » en apaisant la fièvre que ce débat a pu provoquer et provoquera sans doute encore, c’est à espérer, dans la mesure où il montre combien la souveraineté du peuple est affaire de réflexion et de combat.

 

 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by dominique Chaussois - dans born to the blog
commenter cet article

commentaires

Ambassadeur 10/07/2012 16:36


Bon d'accord, je rassemble mes affaires, voyons où ai je mis mes ciseaux euh non insuffisant, ma serpe, ma hache...


Je crains de me faire détester.

10/07/2012 16:50



Allez, ne soyez pas mesquin ! Pas vous ! Votre tronçonneuse avec le plein ! 


 



Ambassadeur 10/07/2012 12:10


L'autogestion: une illusion de plus qui ne résiste pas à la rugueuse réalité humaine à savoir l'existance universelle du fort et du faible.

10/07/2012 16:27



Oui ! Mais qui parle d'autogestion? Vive le roi et puis c'est tout ! 


(Excellence, revenez aux affaires, au plus vite!)


 



Clémence Ji 08/07/2012 00:55


M'enfin c'est quoi cette démocratie ?


Qui a volé le blog d'Aléna     .....     ?


 

08/07/2012 08:54



C'est elle ! Sans même consulter le peuple !


 



patrick verroust 06/07/2012 20:37


La charte de Kurugan du Mandé  était la volonté politique dès 1212 des chasseurs maliens de Mandé. Elle fut adoptée par l'assemblée des alliés convoquée par Soundjata Keïta, empereur du Mali
. Elle est antérieure et plus libertaire que la magna carta anglaise qui régissait les rapports du roi aux nobles...La charte de Mandé n'abolit pas l'esclavage mais la déclaration des droits de
l'homme et du citoyen vise d'abord à protéger la propriété et le commerce avant l'individu...Moralité "Honni soit qui mal-y pense "de l'homme africain, point de vue pas très malien.


La république est bonne fille, elle acceuille en son sein bien des députés de mauvaise réputation, trop habile à parlementer, parler menteur, parlement s'taire..Le poisson est bien noyé, c'est le
citoyen qui l'a dans la raie publique pendant que les nantis dégustent leurs tas de droits au beurre noir..Qui est ce qui paie un pot? Fais soif.....


 

Depluloin 08/07/2012 08:53



J'en apprends beaucoup.


("Dans la raie publique" !! :))


 



aléna 06/07/2012 17:09


'tain, on vient pour rigoler, nous les bas de plafond (enfin, moi, la bas de plafond) et on tombe sur Rosanvallon... pffffffffffffffffffffffff.

Depluloin 06/07/2012 18:00



Vous, une basse de plafond? Avec votre mètre quatre vingt-cinq !!! 


(Et la philosophie de l'Histoire ? Allons, allons !:)