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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 19:00
Sans les mains


IMG 0296 ok bis copie(Copyright Dominique Chaussois)

          

         Pourtant ces gens semblaient tout ce qu’il a de plus compétents. D’ailleurs ils n’auraient sûrement pas dépensé une telle énergie, tout d’abord pour me trouver, ça faut déjà le faire, puis me convaincre, enfin pour mettre en place tout ce matériel, ces caméras qu’ils ont disposées un peu partout dans mon appartement et qui ressemblent à de gros yeux de poissons, de quoi se croire dans un aquarium car l’oeil est vif donc le poisson frais.

         Peut-être qu’à force de lire comme moi les journaux à l’envers connaissent-ils eux aussi l’avenir? Peut-être savent-ils qu’aujourd’hui ou dans les jours qui viennent il va se passer quelque chose chez moi. Quelque chose mais quoi? Pour ma part je ne vois pas. Mises à part ces petites catastrophes que je redoute quotidiennement comme l’explosion de mon chauffe-eau ou l’implosion de mon poste de télévision, l’écroulement inopiné de toutes ces absences au-dessus de ma tête, mon effondrement dans les caves, autres absences à prendre en compte les caves - à vivre ainsi entre des multitudes de vides et de creux on prend des risques c’est sûr -, ou encore mon propre auto-massacre qui viendra bien un jour c’est certain car il m’arrive, lorsque je manipule un couteau de cuisine par exemple, de vouloir tout soudain me le planter dans le ventre, comme ça, sans autre raison valable que la curiosité ou la haine profonde que je m’auto-porte.

         Ce qui m’en préserve pour l’instant, c’est la peur. Car fort heureusement, je me terrorise, je n’ose vous dire à quel point, on n’imagine pas. Je me crains, me redoute par-dessus tout, au point que je m’évite comme la peste, tout au moins que j’évite autant que faire se peut de me retrouver seul en ma propre présence, et ce malgré la solitude totale où je me trouve. Et de fait, cette prudence, cette distance dans laquelle je me tiens vis à vis de ma personne physique et morale, c’est sans aucun doute à elle que je dois d’être encore en vie. Mais ça ne durera pas, je me rapproche je le sens. Un jour, si ça se trouve, je vais me coïncider et ce sera l’assassinat pur et simple, le massacre annoncé.

         Je me demande si en plus de ces caméras, ils n’auraient pas disposé des micros auquel cas il s’agirait d’un film parlant.

         Parlant de quoi?

         (Ou seulement quelques bruits? Des bruitages en guise de musique d’ambiance? La goutte d’eau dans le lavabo, le soupir de la chasse d’eau qui fuit, des pets quand je pète, des rots quand je rote, le silence quand tout s’arrête ensemble?)

         Pourtant si ce n’était pour moi, que feraient tous ces yeux au-dessus de ma tête? Ils ne sont tout de même pas ici pour mon canard. Non, non, si spectacle il y a, il repose sur moi. C’est moi le clou c’est évident. Tiens, ça me fait penser que je n’ai peut-être pas mis de pyjama. Si ça se trouve je suis en slip. Oh misère.

         Après tout, peut-être suis-je trop modeste? A défaut d’une vedette gominée, ont-ils préféré un homme, un vrai, presque vrai, sorti depuis longtemps de l’ordinaire, tendant même ces derniers jours vers l’extraordinaire?

         Peut-être l’image, la disproportion entre ce qui me sert de couche et ma personne, vous intrigue à force. Vous vous attendez peut-être à un monstre, une sorte de chose immonde qui va soudain émerger de sous la couverture, du couvre-lit, de la robe de chambre, des chandails, des pansements, de la serpillière, toutes ces pelures qui ne sont pas simple désordre comme on pourrait le croire mais servent à me tenir chaud l’hiver. Tenez, notez ceci: nous sommes donc en hiver si l’on en croit le désordre, si l’on en croit le visuel, si vous en croyez vos yeux. Moi je n’y crois pas à vos yeux, je ne suis pas dedans comme on dit, ni aux miens d’ailleurs où je ne suis pas dedans non plus, ni à aucun autres. Je ne crois pas qu’on puisse voir. Si l’on voyait de ses yeux vus, l’on mourrait. J’ai dû lire ça dans l’un de mes livres compliqués.

         Impossible de me souvenir. Si c’est le slip bleu nuit à rayures ça ira à peu près, il parvient encore, à condition de le tenir à deux mains, à contenir le contenant mais c’est tout juste. Si c’est le rouge à motifs vous éloignerez les enfants.

 

(Sans les mains: c'est à dire sans me relire.)

 

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commentaires

babeth31 18/03/2010 09:58


Depluplu! Depluplu!!!!Ne te coïncide pas surtout! Tu me fais peur! Pas de gestes furtifs et définitifs avec ton couteau de cuisine! Tu es beau parleur (si si si) mais piètre jongleur! Et puis
tant pis pour la couleur du slip!!!!(aussi quelle idée saugrenue de se promener ainsi presque dévêtu avec tous yeux qui te regardent! Avec qui je vais rigoler après si tu venais à disparaître.....
Bouh!!!!!! J'espère que je n'arrive pas trop tard! Bouh!!!!!!


Depluloin 18/03/2010 11:55


MAMAN!! Mais non, je suis là!! (J'ai mis mon pantalon et ma chemise en caoutchouc!!) Et puis ça me fait trop plaisir quand tu viens me voir! :)





the black rose 17/03/2010 09:48



Merci pour ce petit moment, la paranoia nous guette dans chaque molecule de notre corps.
ravi de te connaitre.



Depluloin 17/03/2010 10:19


Tout le plaisir est pour moi! Merci de votre visite! Et que de molécules chez nous!! :)



Frédérique M 16/03/2010 14:41


Je vous remerciais pour les liens, Depluloin, ils n'y étaient pas jusqu'à présent :0) Dites, je reviens de chez vos voisins, ils ne sont pas piqués des hannetons ! Vous nous concocterez un autre
florilège, c'est une véritable ode à l'absurdité. Que je suis heureuse d'avoir mes premiers voisins à 500 mètres (des gens adorables au demeurant, tandis que vous, il y a beaucoup de demeurés). Si
nous étions voisins, nous serions devenus copains et je serai venue boire des coups chez vous, tandis que vous seriez venu manger chez moi. C'est certain.


Depluloin 16/03/2010 16:46


Ah mais puisque vous en parlez... s'il existe une petite baraque à louer près de chez vous, je suis preneur! Je suis un peu las de Paris! Tiens, faut que je demande à ma maman aussi!



Aléna 16/03/2010 13:26


Eh bien! moi, je ne le trouve pas si fou, votre héros. Je trouve plutôt qu'il représente un certain type, je veux dire une certaine forme, de la vie - coincé entre deux vides, ou deux absences (me
souviens pas exactement, pardon). Ce que vous appelez parano ou schizo c'est seulement qu'il met relief ou en lumière quelque chose d'essentiel que nous avons recouvert. Il a juste un peu
débrousaillé la vie et du coup apparaît ce que nous avons toujours su mais caché.

(la grosse écriture, n'est-ce pas qd on fait des copié-collé du texte? Moi, en revanche j'ai toujours le A de la couleur du texte qui se trimballe dans mon commentaire - il prend l'air!)


Depluloin 16/03/2010 14:41


Ah ça, ça me fait plaisir! Oui, j'essaie dêtre "vrai" dans l'excès. C'est pas évident, évident...

Des copiés-collés? Tiens donc, je vais essayer!



tor-ups 16/03/2010 11:35


ô Zoé ne cherchez pas à savoir


Depluloin 16/03/2010 12:32



ah! ah!
(Les interventions de Tor-Ups sont toujours rares et chères (à mon cœur)