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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 22:50

 

pecheur

 

 

 

 

Depuis le temps que je suis assis là au bord du fleuve à guetter le cadavre de mon ennemi, j’ai fini par me poser un certain nombre de questions, en apparence assez simples, mais pas assez cependant pour que je sois en mesure d’y répondre, sans quoi je n’aurais évidemment pas pris la peine de me les poser publiquement, le propre d’une question publique étant de rester sans réponse, disons que c’est un genre, peut-être pas littéraire, si, non, mais un genre tout de même, je me comprends. 

 

A savoir : en ai-je seulement un d’ennemi? même un petit ? si petit qu’il m’aurait pour ainsi échappé ? (Ou au contraire il se serait agi d’un ennemi colossal mais dont le cadavre gigantesque aurait profité d’une nuit sans Lune pour me passer juste là sous le nez alors que je somnolais. Si colossal qu’il aurait naturellement coulé à pic au lieu de flotter le ventre à l’air comme ces innombrables bestiaux que j’ai vus défiler. (Mon ennemi juré serait-il un chien, un chat, un rat? Pour le chien, je ne dis pas, le chat non plus, j’en ai tellement persécutés, mais un rat, non, je n’ai pas souvenir d’avoir eu des mots.)

 

Ou bien : je n’ai pas d’ennemi. Tout simplement. Pas un. J’aurais réussi cet exploit de traverser cette odieuse vie sans provoquer la moindre hostilité de quiconque, ni d’une femme ni d’un commerçant, deux catégories qui n’en font en réalité qu’une, où il est facile de trouver matière à assassinat.

 

Voilà qui serait terrible : un homme digne de ce nom possède un ennemi au moins, ou plusieurs ennemis, ou c’est à désespérer de l’Humanité. 

 

 Si j'en ai un, sait-il nager? Assez adroitement pour éviter la noyade? Aurait-il coulé à pic ? Et en ce cas je l'attends là au fil de l'eau alors qu'il repose au fond. 

 

Hypothèse : j’ai un ennemi, un terrible, mais voilà qu’un courant tout à fait inhabituel aurait emporté sa dépouille loin en amont? Auquel cas j’attendrais au mauvais endroit ? Mon salaud m’attendant à la source ? 

 

(Un temps, hélas révolu, j’ai rêvé de gifler un policier, en grande tenue et en public, le plus sympathique, le plus bonhomme. Une torgnole à envoyer balader son képi à l’autre bout de la chaussée. Et j’aurais attendu. La mort bien sûr mais avec cette certitude enfin de m’être fait là un ennemi juré.)

 

(Hypothèse autre : je serais cocu et mon ennemi serait dans le placard, bien au chaud, ou au lit sachant que j’en ai pour un moment à attendre au bord de ce fleuve où je suis en train d’attraper la mort. Après tout, c’est peut-être moi l’ennemi d’un autre et je n’en sais rien. Il m’attend quelques centaines de mètres plus loin en faisant semblant de taquiner le goujon tout comme moi. Question : pourrais-je tirer quelque fierté à être l’ennemi d’un autre ? qui serait à même de me consoler de n’en avoir aucun ?) 

 

C’est désespérant.

 

Faire de moi mon propre ennemi, me foutre à l’eau et me contempler en train de faire la planche. 

 

 

                                                                          (Brouillon daté du 23-11-2012)

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commentaires

Ambre 29/09/2016 08:56

Depluloin, un visionnaire, au plus près.

FrédériqueM 16/06/2015 12:42

L'esprit de Pluplu.

alena 30/01/2015 10:16


Ce texte... longtemps après, comme il sonne... Grosse émotion.